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Lectures de décembre - Les divagations de Nelja [entries|archive|friends|userinfo]
Les divagations de Nelja

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Lectures de décembre [Dec. 31st, 2014|04:58 pm]
Les divagations de Nelja
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"Judas Iscariote", par Dominique Reznikoff
Pour la catégorie "Religion et spiritualité" de bingo_livres
Roman, environ 250 pages. Le principe est original : ici, Judas est dès le début un espion envoyé du Temple pour faire un rapport sur le comportement de l'agitateur Jesus, fils de Joseph. Mais, peu à peu, il va se laisser convaincre.
Le personnage écrit donc comme s'il était persuadé d'être dans un roman d'espionnage. Et cette parabole, veut-elle dire qu'il pourrait attendre une force armée ? Mais si oui, de quel groupe ? Pourquoi avoir agi de cette façon ? Quel est le background des Apôtres. Je ne sais pas à quel point c'est la réalité, mais j'aime la façon dont l'auteur décrit les tensions entre les Juifs et les romains, entre ceux qui veulent se révolter et ceux qui pensent que ce serait une perte de vies inutiles même s'ils haïssent les romains aussi... c'est la première fois que j'ai l'impression de comprendre ce que sont les zélotes, les samaritains, etc, et pourquoi il y a des tensions.
L'auteur, elle, ne se sent pas du tout dans un roman d'espionnage et aime faire des descriptions poétiques, et décrire des petites scènes humaines. C'est finalement assez contemplatif et lent.
Mais les deux font en sorte de creuser le mystère autour de Jesus - est-il un manipulateur, un fou, un prophète ? - et l'affection que Judas finit à avoir pour lui, à son corps défendant. Les passages surnaturels les plus nets sont toujours présentés sous forme de rumeurs, donc on n'a pas de moyen de savoir ce qu'est Jésus dans cette version, et plus on avance dans le livre plus on comprend que les événements n'ont pas besoin d'être les mêmes que dans la Bible, juste d'apparaître aux Apôtres comme ils les décriront dans la Bible, et le suspense augmente au lieu de diminuer.
Globalement, une lecture intéressante et agréable, même si je regrette de ne pas avoir plus accroché émotionnellement aux personnages, même à Judas.
7/10


"La légende des siècles", par Victor Hugo
Bonus bingo_livres ! Pour les catégories "Fiction historique", "Un livre en rapport avec les animaux", "Joker", "Un livre en rapport avec la guerre" et "Poésie".
Un recueil de poèmes, environ 850 pages dans l'édition que j'ai lue (qui est l'édition définitive dans un ordre chronologique global choisi par l'éditeur, au lieu d'être cinq livres séparés chacun dans l'ordre). Victor Hugo a décidé de raconter l'histoire de l'humanité des origines à sa fin. En alexandrins (principalement). Et c'est ultra-badass.
Bien sûr, comem souvent quand je lis un recueil de Victor Hugo, j'ai des grands moments de "mais comment peut-il présenter une histoire assez ordinaire de façon si classe ?". Il me fait apprécier le Moyen-Âge. Il me fait m'intéresser aux guerres féodales dont je n'arrive même pas à saisir les enjeux. Il y a des grands classiques dont je ne me lasse pas, comme "La conscience", sur Caïn, ou "Après la bataille" (donne-lui tout de même à boire, dit mon père). Il y a des sujets sur lesquels j'ignorais que Victor Hugo eût écrit et qui m'intéressent, comme La mort de Mahomet, un volcan andin qui refuse d'être béni, le roi Canute, ou un futur post-apocalyptique et un autre plus riant.
Bien sûr, il y a des moments où je ne suis pas d'accord avec Victor Hugo. En fait, je pense que tout le monde aura des moments dans ce livre où il n'est pas d'accord avec Victor Hugo. Entre les moments où il rabaisse les athées et ceux où il insulte l'Eglise, ceux où il a le culte du Progrès et ceux où il trouve que c'était Mieux Avant, ceux où il caricature les minorités et ceux où il clame les droits qu'ils devraient avoir, ceux où il exalte la science et ceux où il grogne passive-agressivement contre la théorie de l'évolution, ceux où il a du respect envers Mahomet et ceux où il en a fort peu entre les musulmans en général, ceux où il s'acharne sur les rois (en général) et ceux où il a de la compassion pour eux (même les pires), ceux où il pense qu'une bonne action dans une vie de péché mérite le paradis et ceux où il pense qu'une mauvaise action grave dans une vie de vertu mérite l'enfer... et pourtant, il ne semble jamais hypocrite, juste exalté et vraiment très compliqué.
Enfin bon, paradoxalement, je pourrais raler individuellement contre une bonne partie des poèmes, mais pourtant, globalement, j'ai été emportée et j'ai adoré !
PS : Pour le "Un livre en rapport avec les animaux" ça pourrait sembler exagéré mais il y a deux poème sur des lions, un sur un crapaud et un âne, quelques autres avec des animaux dans de rôles centraux, et j'ai renoncé à compter le nombre de fois où des hydres étaient mentionnées (comme métaphores) parce qu'il y en avait trop !)
9/10


"La duchesse de Langeais", par Honoré de Balzac
Pour la catégorie "Un livre du 19e siècle" de bingo_livres
Roman, environ 200 pages. On me l'avait vendu comme une histoire d'amour sincère entre deux personnes abominables, j'ai décidé de le lire comme ça, et cela marche plutôt bien. Même si Balzac essaie de nous vendre que la femme est la seule à être abominable et que l'homme n'agit ainsi que parce qu'il a été poussé aux dernières extrémités. Je ne suis pas d'accord. Mais je ne suis pas d'accord avec un certain nombre de choses dans ce livre, donc le rôle de l'aristocratie, et ça n'empêche pas les sentiments et les personnages d'être intéressants. En gros, la Duchesse de Langeais n'aime pas son mari, et a pour habitude de prendre des "amants", c'est-à-dire des hommes qu'elle aime rendre amoureux d'elle par narcissisme et par ennui, mais avec qui elle ne couche pas. Mais le dernier en date n'a pas l'intention d'en rester à ce stade, et tout va se terminer très mal. Je ne spoile pas mais j'ai trouvé ça plutôt cool, même si ce n'est pas mon préféré de Balzac.
7/10


"Percy Jackson 1 - The Lightning Thief", par Rick Riordan
Pour la catégorie "Un livre adapté en film ou en série" de bingo_livres
Roman, environ 270 pages, premier tome d'une série pour la jeunesse. J'ai essayé parce que plein de gens sont dans le fandom, et parce que yay, mythologie grecque ! Mais j'ai été globalement déçue. Pourtant, les personnages principaux sont raisonnablement sympathiques - je n'ai pas d'amour passionné pour eux mais aucun ne m'énerve et c'est déjà pas mal. J'aime beaucoup ce qu'ils ont fait avec certaines figures mythologiques comme Hadès (et tous ses employés), Chiron, et quelques-uns des adversaires qu'ils croisent sur leur chemin. J'aime aussi la version moderne des dieux grecs qui continuent à avoir des aventures avec des mortels. Et le scénario, quoique classique, est tout à fait correctement mené.
Dans ce que je n'ai pas aimé : l'idéologie "l'Amérique est en centre du monde moderne", le fait qu'Athena ait des enfants, le fait qu'Annabeth reconnaisse les monstres du jour après moi alors qu'elle est censée être intelligente et s'y connaître en mythes grecs, quelques trucs illogiques que tout le monde accepte (si dans le vrai monde, les saisons dépendent de la vie conjugale d'Hadès, qu'en est-il de l'hémisphère sud ?), et... je dois avouer qu'on m'avait dit que Percy avait une narration amusante et impertinente, et moi je l'ai trouvée très fade.
Bon, tout le monde me dit que les tomes deviennent de meilleurs en meilleurs, et c'est court, donc je lirai probablement la suite un jour. Mais je n'ai pas accroché.
5/10


"Le paysan de Paris", par Louis Aragon
Pour la catégorie "Un livre en rapport avec la ville" de bingo_livres
Environ 250 pages, et certains disent que c'est un roman, mais en fait c'est plus une série de délires surréalistes ? Je ne dis pas ça comme un problème, j'aime les délires surréalistes.
Les deux chapitres les plus courts, le premier "Préface à une mythologie moderne" et le dernier, "Le songe du paysan", sont du domaine de la métaphysique. Cela peut sembler très arrogant, la façon dont les surréalistes affirment des choses complètement contre-intuitives (par exemple, que la métaphysique est concrète), mais cela a aussi une forme de rêve et de rébellion à laquelle j'accroche même quand je ne suis pas d'accord du tout.
Les deux du milieu, "Le passage de l'opéra" et "Le sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont", sont des descriptions très détaillées, très oniriques, de quartiers de Paris. Même si dans le second en plein milieu il s'insurge du fait qu'on apprécie son oeuvre pour de mauvaises raisons et part dans son trip personnel.
Je dois avouer, j'adore les images surréalistes, le sens du merveilleux. Je me demandais si j'apprécierais toujours, et la réponse est oui. C'est quelque chose de très personnel, par contre, et je comprendrais qu'on déteste. Mais j'étais à fond - même s'il faut, pour le coup, 100% de concentration pour lire, ce n'est pas comme dans un roman. Et voilà un exemple :
Parmi les forces naturelles, il en est une, de laquelle le pouvoir reconnu de tout temps reste en tout temps mystérieux, et tout mêlé à l'homme : c'est la nuit. Cette grande illusion noire suit la mode, et les variations sensibles de ses esclaves. La nuit de nos villes ne ressemble plus à cette clameur des chiens des ténèbres latines, ni à la chauve-souris du Moyen-Âge, ni à cette image des douleurs qui est la nuit de la Renaissance. C'est un monstre immense de tête, percé mille fois de couteaux. Le sang de la nuit moderne est une lumière chantante. Des tatouages, elle porte des tatouages mobiles sur son sein, la nuit. Elle a des bigoudis d'étincelles, et là où les fumées finissent de mourir, des hommes sont montés sur des astres glissants. La nuit a des sifflets et des lacs de lueurs. Elle pend comme un fruit au littoral terrestre, comme un quartier de boeuf au poing d'or des cités. Ce cadavre palpitant a dénoué sa chevelure sur le monde, et dans ce faisceau, le dernier, le fantôme incertain des libertés se réfugie, épuise au bord des rues éclairées par le sens social son désir insensé de plein air et de péril. Ainsi dans les jardins publics, le plus compact de l'ombre se confond avec une sorte de baiser désespéré de l'amour et de la révolte.
L'auteur a tendance à avoir une façon de parler des femmes où il es idéalise et les objectifie à la fois qui est un peu glauque. D'un autre côté, cela ne s'applique pas seulement aux femmes, mais au monde entier, à tout ce qui n'est pas lui, donc ça compense un peu, en moyenne.
8/10


Progression : 111/52
"Risques de lecture" : Judas Iscariote, La légende des siècles, La duchesse de Langeais, Percy Jackson 1, Le paysan de Paris -> 53/26
Bingo_livres : 23/25

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