Les divagations de Nelja (flo_nelja) wrote,
Les divagations de Nelja
flo_nelja

Fic pour Mélie - La cité des amours, partie 1

Titre : La cité des amours
Auteur : flo_nelja
Série : Tsubasa Reservoir Chronicle
Genre : "P... comme pathétique" (copyright Nonsense). En gros, romance pure, avec un semblant de scénar autour qui ne sert à rien d'autre qu'à faire avancer la romance. J'ai honte de moi.
Couples : Surtout Fye/Kurogane, mais aussi Sakura/Shaolan et quelques special guests
Rating : PG pour quelques gros mots
Spoilers : Jusqu'au tome 5, je n'ai rien lu d'autre.
Disclaimer : Les personnages de Tsubasa Reservoir Chronicle et des quelques autres séries avec lesquelles je crossoverise ne m'appartiennent pas, il sont à Clamp.
Note de l'auteur : Fic en retour écrite pour gribouille, pour un échange équivalent de fics pour lequelle elle m'a écrit un conte de fées à la noix Get Backers : La belle au bois dormant.
Autre note : Fic publiée en deux parties, elle ne tient pas dans un seul message.


La bouche de Mokona s'ouvrit toute grande, libérant Shaolan, Sakura, Fye et Kurogane, qui se retrouvèrent assis par terre au milieu d'une vigne.

"Où sommes-nous?" demanda Sakura. Shaolan scrutait déjà les alentours, à le recherche d'humains, ainsi que Kurogane. Fye avait commencé à goûter le raisin, qu'il trouvait manifestement à son goût, et le faisait tester à Mokona. C'est Shaolan qui remarqua une cabane. Ils se mirent en route dans cette direction, mais avant s'y arriver, une jeune paysanne aux longs cheveux blonds couverts d'un fichu en sortit, les aperçut et vint à leur rencontre.

"Vous êtes des voyageurs?" demanda-t-elle. "Vos vêtements ne sont pas d'ici. Vous avez dû venir de loin. Mais vous vous êtes perdus dans mon champ : le chemin qui vous mènera à la Cité des Amours est par là."

"La Cité des Amours?" reprit Sakura, qui trouvait manifestement ce nom charmant.

"Ce n'est pas là que vous allez?" demanda la femme, surprise, presque méfiante. "C'est une ville qui accueille les amoureux pour renforcer leurs liens. Nous avons de la chance : elle n'est pas très éloignée d'ici, aussi, comme les autres filles de la région, je pourrai y aller pour mon voyage de noces. Mais alors, pourquoi...?"

A ce moment, les yeux de Mokona s'ouvrirent, grands et vides, et Shaolan le dissimula derrière son dos pour ne pas alerter davantage la paysanne avec des peluches parlantes aux yeux inquiétants. Mais ladite peluche put tout de même indiquer à Shaolan une source d'énergie, et Fye l'entendit aussi.

"La ville serait-elle dans cette direction?" demanda-t-il à la paysanne en souriant. Elle sembla rassurée.

"Oui, bien sûr, pour y aller directement, c'est par-là. Je savais bien que c'était là que vous alliez! On l'appelle peut-être autrement chez vous. Il me semble d'ailleurs qu'elle a un nom officiel, qui est Kokoro, mais on ne l'appelle jamais autrement que Cité des amours. Mais c'était la seule raison honnête qui pouvait vous amener ici."

"Il faudra lui expliquer deux-trois trucs..." bougonna Kurogane, à part.

"Crois-tu qu'elle verrait de l'honnêteté dans le fait de voyager entre les dimensions pour y chercher des objets magiques? Tout est question de point de vue." lui murmura Fye. Cela n'améliora pas l'humeur de Kurogane, et il n'écouta même pas la fin des explications.

"...Mais si vous passez par-là, vous écraserez les plantations et vous vous tordrez les chevilles dans les fossés. La route est par-là, vous y serez vite, puis il vous suffira de la suivre jusqu'aux portes de la ville."

Shaolan et surtout Sakura la remercièrent vivement, puis le groupe se hâta de rejoindre la route. Kurogane se demanda si la femme s'apercevrait de la disparition de quelques grappes.

La route était en effet toute proche, et au bout de quelques heures de marche, ils distinguaient déjà nettement les tours blanches de la ville qu'ils devaient atteindre. Le soleil commençait à baisser sur l'horizon, et ils pressèrent le pas pour y arriver avant la nuit.

La porte était déjà fermée. Kurogane marmonna quelque chose de peu poli, alors que Sakura s'asseyait sur le bord du chemin pour y reposer ses pieds fatigués. Shaolan se mit à explorer le mur, à la recherche d'une ouverture ou d'un message écrit. Il trouva une sorte de sonnette et, brusquement, une ouverture s'ouvrit devant lui et une petite chose en jaillit dans un bruit de tambourin.

"Bonjour, Sumomo est ici pour vous faire rentrer dans la ville des amoureux!"

C'était une petite poupée aux cheveux rose vif, qui manqua s'écraser par terre en sautillant sur son petit comptoir. Shaolan la retint de justesse.

"Fais attention à toi!" lui dit une autre poupée, environ de la même taille, avec l'air sérieux et des grelots dans ses cheveux foncés. "Il ne faut pas que tu te blesses."

"Kotoko-chan a raison!" s'exclama la petite poupée. "Nous allons vous enregistrer avant d'ouvrir les portes. Qui ici est l'amoureux de qui?"

Fye, Kurogane et Mokona, d'un seul geste, désignèrent Sakura et Shaolan en s'exclamant "Eux!" Sakura les regarda d'un air candide et surpris, alors que Shaolan rougissait tant qu'il pouvait.

"En quoi ce genre de choses vous concerne-t-il?" demanda-t-il en bredouillant.

"Je ne peux enregistrer que des couples, bien sûr." expliqua la poupée nommée Sumomo en souriant, "puisque c'est la ville des amoureux ici. Vous aller rester ensemble et profiter de toutes les joies que nous avons à vous offrir! Bien sûr, vous pouvez rester aussi longtemps que vous le désirez et partir quand vous le voulez!"

Fye s'accouda au comptoir. "Et je suppose que la jeune demoiselle avec qui vous faites équipe est votre amoureuse."

Kotoko baissa les yeux nerveusement, alors que Sumomo s'exclamait, encore plus joyeuse qu'à l'habitude : "Oui! Et nous travaillons ensemble!"

Fye prit un air dramatique : "Helas, je ne pourrai donc pas entrer si je ne dévoile pas la relation secrète entre Kurogane et moi."

Kurogane eut l'impression d'exploser, et Fye rajouta "Il est très timide, et de plus, notre relation doit rester secrète à l'extérieur de cette ville."

Sumomo assura avec l'air extrêment sérieux : "Ne vous inquiétez pas, votre secret sera gardé précieusement! Je suis sûre que tout ira bien pour vous!" et Fye la remercia vivement. Mais la poupée ajouta : "Et cette créature avec laquelle vous voyagez?"

"Oh, ce n'est rien, ce n'est qu'une peluche créée pour imiter les voix. Regardez! Bonjour! Bonjour!" dit-il en appuyant sur le ventre de Mokona, qui imitait ses paroles.

Sumomo fut convaincue, et les portes de la ville s'ouvrirent alors pour les laisser passer.

"QU'EST-CE QUE C'EST QUE CETTE HISTOIRE?"

Les portes s'étaient à peine refermées que Kurogane s'était jeté sur Fye, menaçant de l'étrangler.

"Calme-toi, Kuro-chan!" s'exclama le magicien. "C'était notre seul moyen pour entrer dans la ville, s'ils ne laissent passer que les couples. Après avoir deviné que les amoureux de même sexe étaient admis ici, c'était la ruse parfaite."

"Tu n'avais qu'à dire que tu étais avec Mokona, vous faites bien la paire!" cria Kurogane. "Je vous aurais attendus dehors, plutôt que ça!"

"Nous aurons besoin de toi, Kuro-chan." Fye continuait vaillamment, bien que son âme commençât à sortir de son corps. "Nous aurons peut-être des monstres à affronter. Peut-être qu'après avoir quitté la plume, nous serons forcés de quitter ce monde en urgence."

"Dis-moi donc comment on peut avoir besoin d'un combattant ou de partir en urgence dans un monde comme ça?" demanda Kurogane, lachant Fye et désignant le décor qui les entourait.

Une rue commerçante s'étendait devant eux, avec des boutiques de vêtements, de glaces, de bijoux, et de nombreux couples qui se promenaient. On voyait au loin la forme d'un parc planté d'arbres. Tout le monde les regardait avec surprise, et Kurogane se sentit soudain un peu gêné. Sakura et Shaolan, eux, osaient à peine se regarder depuis qu'ils avaient passé la porte, et étaient restés à se lancer des coups d'oeil discrets.

Puis Shaolan reprit une contenance et affirma : "Il est trop tard pour chercher ce soir! Avant tout, nous allons trouver un lieu où dormir!"

Shaolan avait l'air frais et dispos, mais il est vrai que Sakura était épuisée d'avoir tant marché. Elle n'avait pas encore suffisamment de plumes, et avait besoin de plus de sommeil que les autres.

Ils se mirent à scruter les bâtiments, et Shaolan aperçut l'enseigne d'un hôtel, vers lequel ils se dirigèrent. Mais, alors qu'ils étaient presque arrivés, parmi les multiples couples ou groupes d'habitants de la ville, Kurogane aperçut quelque chose qui le fit bondir.

"Tomoyo-hime! Je vous ai retrouvée! Que faites-vous ici?"

La jeune fille tourna la tête, surprise de se faire ainsi interpeller. "Je ne suis pas une princesse..." répondit-elle.

Ce n'était en effet pas le suzerain de Kurogane, maintenant qu'il la voyait distinctement. Assurément, elle avait le même visage, les mêmes cheveux noirs, la même beauté, mais elle était encore une très jeune fille, presque une enfant, et elle n'avait ni les vêtements, ni la démarche royale de la Tomoyo que Kurogane connaissait. Et pourtant, c'était elle.

Et, pour parachever le choc, il se rendit compte que la personne qui lui tenait la main et venait de la rejoindre n'était autre qu'une copie (plus jeune elle aussi, et avec des vêtements tellement moins féminins!) de la Sakura qui les accompagnait.

Ce fut également un grand choc pour Sakura et Shaolan qui les avaient suivis. Ils avaient eu l'occasion de croiser des figures connues dans les univers qu'ils avaient traversés. Mais jamais aucun d'entre eux ne s'était rencontré lui-même.

La petite Sakura regarda la grande d'un air de curiosité. "Qui êtes-vous, madame? Etes-vous... moi?"

"Nous venons d'une autre dimension." dit Shaolan, qui se sentait étrangement en confiance auprès de cette petite."

"Je ne sais pas tout." reprit Sakura, "parce que je suis amnésique. Mais il semble que nous partagions le même coeur, mais si je n'avais pas voyagé, nous serions dans des mondes différents."

"Et pourquoi vous-êtes vous lancés dans ce voyage?" demanda la petite Tomoyo. Kurogane grinça des dents. La ressemblance était tout de même excessive pour lui.

"J'ai perdu mon âme et ma mémoire." expliqua simplement Sakura. "Et Shaolan-san et ses amis m'aident à le retrouver. Ils m'ont toujours protégée, alors que je ne les connais même pas."

"Ne parle pas comme ça... Sakura-moi." reprit la petite Sakura. "Même si tu les connais depuis peu, ne dis pas que tu ne les connais pas."

"Des liens forts peuvent se tisser en peu de temps." ajouta la petite Tomoyo. "Spécialement ici, et spécialement quand ce sont des personnes qui ont l'air si bonnes, comme vous."

Sakura répondit "Merci." en souriant, et dit au revoir aux deux petites filles.

"J'ai de la chance de te connaître." murmura-t-elle ensuite à Shaolan.

Ce dernier eut un sourire contrit "C'est moi qui ai eu de la chance." souffla-t-il.

Ils arrivèrent enfin à l'hôtel, qui bien sûr n'avait que des chambres pour deux. Shaolan rougit à nouveau, mais prit deux chambres. Etrangement, on ne lui demanda pas de payer. Après un rapide repas, ils découvrirent chacun le lieu où ils allaient dormir, de grandes pièces au milieu desquelles trônaient de somptueux lits à baldaquin, à deux places.

Kurogane était toujours en train de grogner quelque chose qui ressemblait à "Tomoyo-hime... avec Sakura... quel est ce monde?" alors qu'il entrait dans sa chambre. Ce ne fut que quand elle se referma, le laissant seul avec Fye, qu'il sembla comprendre d'un coup la réalité et l'horreur de la situation.

"C'est moi qui dors par terre ce soir!" s'exclama-t-il très vite "mais si par malheur cette enquête devait se prolonger et que nous restions une nuit de plus dans cette ville intenable, ça sera toi la prochaine fois! Ne t'imagine pas que tu t'en tireras à si bon compte!"

"Combien parierais-tu que Shaolan, lui aussi, est en train de proposer à Sakura-chan de prendre le lit à elle seule?" demanda Fye avec un grand sourire. "Vous vous ressemblez bien, tous les deux. Toujours à nier vos désirs naturels."

"JE NE DESIRE PERSONNE!" s'exclama Kurogane, à nouveau rouge de colère. "ET SURTOUT PAS UN INSUPPORTABLE COMME TOI."

Fye le fixa avec ses grands yeux clairs qui imitaient merveilleusement bien l'innocence. "Mais voyons, Kuro-chan, je parle du plaisir de dormir dans un lit."

Kurogane pâlit et ne se sentit même pas capable de répondre. Il se contenta d'enlever sa cape, de l'utiliser comme une couverture, et de faire semblant de dormir le plus rapidement possible. Le sol, couvert d'une épaisse moquette, était finalement très confortable, et Kurogane finit par s'endormir, avec toujours tous ses sens en alerte, juste au cas où.


Le lendemain, Kurogane fut réveillé par Fye qui sortait de la douche.

"Je t'avais dit que le lit était plus confortable!" s'exclama le magicien.

"Mokona l'a compris, lui!" ajouta la petite boule de fourrure. "Mokona a eu plus de place!"

"Je suis content pour vous." gromella ironiquement Kurogane.

"Shaolan et Sakura sont déjà prêts, ils nous attendent dans le hall d'entrée de l'hôtel." ajouta Fye.

"Tu aurais pu me réveiller!" s'exclama Kurogane. "Je n'avais pas l'intention de faire attendre tout le monde!"

"Mais voyons, tu dormais si bien, Kuro-chan!" s'exclama Fye. "Peut-être que tu seras de meilleure humeur aujourd'hui, si on t'a laissé dormir!" Kurogane, d'un grognement exaspéré, lui démontra la fausseté de cette supposition. "Ou alors de plus mauvaise humeur. Mais bon, c'était à tester."

Kurogane se leva enfin pour faire face à Fye. Le magicien était vêtu simplement d'une serviette, mais il se déplaçait toujours sans aucune gêne, avec son aisance et sa grâce habituelles. Kurogane se sentit d'encore plus mauvaise humeur, et alla s'enfermer dans la salle de bains.

Quand il descendit enfin dans le salon, les trois autres étaient en train de finir le petit déjeuner. Il aurait bien sauté le repas pour faire oublier son retard, mais son ventre était très vide, et il préféra avaler trois croissants d'un coup pour se rattraper, manquant de s'étouffer avec. Puis il rejoignit la discussion sur l'emplacement de la plume.

"Mokona a bien ressenti quelque chose hier." dit Shaolan. Nous nous sommes rapprochés, et normalement, il devrait la ressentir encore plus distinctement, mais non. Plus rien."

"Le morceau de plume était là! Mokona l'a senti! Soit quelqu'un l'a emporté, soit il n'est plus en activité, soit les deux!" s'exclama la petite peluche.

"Ne me dis pas qu'on est rentrés ici pour rien..." s'exclama Kurogane. Puis, réalisant qu'après son retard, il se devait d'apporter quelque chose de constructif à la conversation, il reprit : "Ne trouvez-vous pas ça étrange, d'ailleurs? Cette ville où personne ne nous fait payer, et où on demande..." il sembla souvent gêné "des conditions très particulières pour entrer? Il doit y avoir anguille sous roche, surtout si on y utilise une plume."

Fye acquiesça discrètement, Sakura sembla déçue et Shaolan conclut "Dans tous les cas, il faut commencer à enquêter auprès des habitants de la ville pour savoir s'il est arrivé ici des événements étranges."

"S'ils sont capables de remarquer autre chose que les boutiques de robes." soupira Kurogane.

La salle du petit déjeuner était déjà presque vide, et ils hésitèrent, ne sachant par où commencer. C'est alors qu'une jeune fille, vêtue d'une robe courte ornée dans le dos d'ailes de papillon artificielles et d'un chapeau haut-de-forme, s'adressa à eux.

"Bonjour! Laissez-moi deviner, vous êtes nouveaux, et vous ne connaissez pas les meilleurs endroits!"

Elle perçut leur silence surpris comme une approbation, et ajouta : "Venez au karaoke avec moi, j'en connais un excellent!"

"Etes-vous ici depuis longtemps?" demanda Fye.

"Pourrez-vous nous raconter ce qui se passe et ce qui se dit dans cette ville?" continua Shaolan.

"Mais bien sûr!" s'exclama la jeune fille. "J'adore les rumeurs. Alors, c'est bon pour vous? C'est toujours sympa de rencontrer des nouvelles personnes ici, on sait au moins qu'on ne va tomber ni sur des dragueurs, ni sur des coincés!" Elle leur fit un clin d'oeil. "Je vais chercher ma famille!"

En quelques minutes à peine, elle redescendait l'escalier, accompagnée d'un jeune garçon de son âge qui lui ressemblait beaucoup, d'un homme plus âgé, au sourire froid, et d'un jeune homme blond et frêle.

"Je vous présente mon frère Subaru, mon beau-frère Seishirô et mon fiancé Kakyô!" Elle embrassa ce dernier dans le cou. "Au fait, je ne me suis pas présentée proprement : je suis Hokuto! Ravie de vous rencontrer." Elle s'adressa, ensuite, à sa famille. "J'avais prévu d'inviter ces gens au karaoke."

"Ca me semble une excellente idée!" déclara le dénommé Seishirô.

"Enchanté de vous rencontrer." dit Subaru en s'inclinant. "Quels sont vos noms?"

"Ah ah, en fait, je n'ai pas oublié de les présenter, c'est juste que je n'ai pas encore demandé. Alors, quels sont vos noms?"

"Je m'appelle Fye. Voici Kuro-chan, qui est mon fiancé, Sakura-chan et Shaolan-chan." Ce disant, il avait pris affectueusement la main de Kurogane.

Le ninja réussit à se rappeler que cette comédie était nécessaire, malgré son envie d'exterminer le magicien. Cela aurait pu être pire. Fye aurait pu l'embrasser aussi. Il frémit à cette idée.

"Enchantée! Tu vas voir, Sakura-chan, on va bien s'amuser! Bien sûr, c'est agréable d'être en compagnie de beaux jeunes hommes, mais c'est aussi parfois drôle d'être entre filles, je sais que tu le ressens, toi aussi!"

Elle avait pris par le bras une Sakura désorientée, et l'entrainait vers la sortie. Les garçons les suivirent, certains en souriant, les autres en soupirant de résignation amusée.

Shaolan n'oublia pas la raison de leur venue, et demanda, sur le chemin que prenait Hokuto. "Comment marche ce pays? J'ai été très surpris de voir qu'on n'y demandait pas d'argent."

"C'est un riche philanthrope qui se plait bien entouré d'amoureux, qui l'a fait construire et la finance." répondit Subaru. "On voit une image de lui affichée sur la grande tour qui est au centre de la ville. Mais il se dit que ce n'est pas sa vraie apparence ; qu'il se promène chaque jour sous différents visages pour comtempler son oeuvre."

"On pourrait le reconnaître au fait qu'il est seul." précisa Hokuto. "Mais bien sûr, c'est du n'importe quoi. Quand quelqu'un déclare avoir vu quelqu'un se promener seul, il s'agit le plus souvent de quelqu'un qui est allé faire un petit tour. Ce n'est pas parce qu'on s'aime qu'il faut rester tout le temps ensemble!"

"Que sait-on de plus à propos de lui?" demanda Shaolan.

"Ma foi, pas grand chose." répondit Subaru.

Kurogane, lui, avait lancé la conversation sur un autre sujet.

"Mais si on mange gratuitement dans cette ville, et qu'elle y est si "agréable", pourquoi n'est-elle pas surpeuplée? Tout le monde devrait s'y précipiter."

"Nous avons une vie en dehors." répondit Kakyô. "Il s'agit plus de venir ici pour y prendre des vacances. Nous venons ici souvent, mais jamais très longtemps."

"Et pourquoi personne n'y reste-t-il?" continua Kurogane.

"Il y a des gens qui s'y installent." précisa Kakyô. "Mais au bout d'un certain temps, ils ne supportent pas l'inaction, et se mettent à travailler, soit dans les boutiques, soit dans la gestion des arrivées, et ils contribuent à faire fonctionner la ville."

"Connaissez-vous des gens qui travailleraient à la gestion de la ville?" demanda Fye, intéressé.

"Non." répondit Kakyô.

"Il faut dire qu'il y a quelque chose d'étrange à vouloir rester ici en permanence." ajouta Seishirô. "Une sorte de négation de ce qui est à l'extérieur, une envie de vouloir vivre dans un rêve doré pour nier la vérité, plutôt que de la définir par contraste."

"Beau-frère, si tu continues à raconter des choses aussi compliquées, je te force à chanter la dernière romance à la mode en duo avec Subaru-kun!" menaça Hokuto.

"Ce ne sera pas une obligation." murmura Seishirô en passant ses mains dans les cheveux de Subaru. Ce dernier rit doucement, l'air un peu gêné, mais heureux.

"Tu vois." murmura Hokuto à l'oreille de Sakura, "le fait d'être entourés de couples lève vraiment les inhibitions ici! Mon frère aime Seishirô depuis toujours, mais autrefois, s'il se comportait comme ça, il rougissait et sautait à cent mètres! Il faut dire que chez nous, les couples entre hommes sont toujours un peu mal vus. Sans compter qu'ils viennent de familles ennemies! C'est une longue et belle histoire, je te la raconterai un jour, Sakura-chan!"

Puis elle rejoignit Kakyô, alors que Shaolan lui demandait. "Avez-vous déjà entendu parler d'autres choses étranges qui se dérouleraient dans la ville?"

"Pas spécialement!" s'exclama Hokuto, s'incrustant dans la conversation.

"Cela dépend de ce qu'on appelle étrange." corrigea Kakyô. "Il y a dans cette ville beaucoup de coutumes que nous avons eu du mal à assimiler, au début."

"C'est parce que cette ville rassemble beaucoup de personnes d'horizons différents, et donc beaucoup d'habitudes différentes." expliqua Hokuto. "Mais le karaoke fait partie de ce qu'on peut aussi pratiquer chez nous. Vous connaissez, vous?"

"Jamais entendu parler." grogna constructivement Kurogane.

"J'ai déjà vu ça une fois." répondit Shaolan. "Ce sont des gens qui chantent, avec un micro, sur une estrade dans une grande salle."

"Sauf qu'ici, chaque groupe a sa petite salle, c'est bien plus pratique!" s'exclama Hokuto. "Enfin, pour une star comme moi, une grande salle serait mieux, mais je n'arriverais jamais à faire chanter Kakyô ou Subaru, alors ça vaut mieux comme ça!" Elle éclata de rire.

"Les différences dans les façons de s'amuser sont vraiment grandes selon les villes." ajouta Fye. "Je n'avais jamais entendu parler de telles choses."

"N'est-ce pas?" continua Hokuto. "Et les façons d'exprimer son amour aussi. Même s'il y en a quelques-unes qui sont universelles. Je ne crois pas qu'il y aie de pays où on ne danse pas, pour cela. Mais ici, il y a des choses incroyables!"

"Par exemple?" demanda Shaolan.

"Eh bien, c'est normal de faire attention à ses vêtements et son apparence, n'est-ce pas? Mais il y a ici des endroits où à la place, pour être plus séduisant, on vous peint entièrement le corps. Les peintures sont souvent superbes, d'ailleurs, mais ça fait vraiment bizarre."

"Il y a aussi des méthodes qui semblent universelles ailleurs, mais ne peuvent pas être appliquées ici." ajouta Seishirô. "Comme le fait d'exhiber beaucoup d'argent pour payer des cadeaux, ou les combats, violents ou pas, pour séduire la même personne."

"Cela n'arrive jamais?" s'étonna Kurogane.

"Non. Par contre, certaines personnes aiment un combat entre deux amoureux, il paraît que ça renforce les liens. Ce n'est pas quelque chose qui se pratique chez nous, mais ça a l'air intéressant." dit Seishirô, toujours avec son air calme qui ne permettait pas de savoir s'il plaisantait.

"Mokona a déjà vu Yuuko et son ancien amoureux faire des duels magiques!" s'exclama la peluche.

Pendant ce temps, Subaru répondait plus en détail à la question de Kurogane. "Ceux qui gèrent la ville font très attention à éviter cela. Il n'y a que des amoureux qui viennent à la base, c'est pour éviter ce genre de choses. Ensuite, comme cette ville renforce les liens, il n'y a pas de raison d'être en compétition."

"Moi je trouve ça louche." dit Kurogane. "Ca devrait quand même arriver, qu'un couple sur le point de craquer vienne ici, et que toute cette musique de manèges et tout les exaspère au lieu de renforcer quoi que ce soit, et que ça casse bruyamment."

"Je n'en ai jamais entendu parler." dt Kakyô.

"Tu n'aimes pas les manèges, Kuro-chan?" demanda Hokuto. "Moi, je trouve ça excellent, surtout les trains fantômes! Ou les histoires de fantômes, d'ailleurs. Ca fait peur, ça donne vraiment envie de se faire protéger, c'est bien agréable! dans les choses classiques mais efficaces, il y a aussi les poèmes! Kakyô-chan m'en écrit des incroyables! Il y a des images que je n'aurais même pas pu concevoir seule, je crois qu'il les voit dans ses rêves."

"Certains préfèrent aller voir des histoires d'amour, du moins chez nous." ajouta timidement Sakura.

"J'ai vu beaucoup de choses de ce genre." approuva Shaolan, "et je pense que toutes ont leurs charmes. Mais il y en a une qui m'avait beaucoup troublé, je ne sais pas pourquoi. Dans une ville du désert, un amoureux, pour faire sa déclaration, doit aller dans le désert chercher la plus belle rose des sables qu'il puisse trouver. Et pour accepter, on lui répond en offrant cette fois la plus belle fleur du jardin."

"Une sorte de lien symbolique entre l'aventure et la paix du foyer." intervint Seishirô.

"Peut-être.", répondit Shaolan, qui semblait déçu d'une explication si prosaïque.

"Voilà la salle de karaoke!" s'exclama alors Hokuto au milieu de la conversation en désignant un grand bâtiment. Avec une rapidité qui dénotait une grande habitude, elle prit une salle, y poussa ses compagnons, brancha les micros, et établit une sélection de musiques diverses.

"Choisissez quelque chose de votre pays!" demanda Hokuto.

"Je ne connais rien à ces musiques!" pesta Kurogane.

"Il dit vrai. Ce n'est pas seulement parce que tu ne sais pas t'en servir, mon chéri." rajouta Fye avec un grand sourire, après avoir examiné la machine. "Je ne vois rien de mon pays non plus."

Kurogane ne réussissait vraiment pas à s'y habituer, et à chasser son embarrassement, qu'il ne pouvait même pas exorciser en se mettant en colère et en criant sur la magicien. Pas en public. Quand il se retrouverait seul avec Fye...

"Vous devez venir vraiment de loin, alors!" s'exclama Hokuto, "parce qu'il y a ici des musiques de tous les pays avoisinants, et d'une bonne partie de ceux qui sont plus loin. Mais ce n'est pas grave! On va vous faire écouter une sélection de musiques, et puis vous choisirez! C'est l'avantage d'avoir une machine pour nous tout seuls. Et puis, je vais passer en premier, vous aurez bien un coup de coeur!"

Hokuto commença par chanter une chanson qui devait être la mode chez elle, puis elle fit monter Kakyô sur l'estrade pour chanter avec elle un duo sentimental. Elle s'amusait beaucoup. Ensuite, elle dénicha une chanson douce pour Sakura, qui réussit à la reprendre après l'avoir entendue seulement une fois, avec quelques erreurs dans les paroles (Hokuto lui soufflait quand elle se trompait), mais avec une voix superbe.

"Si vous chantez tous aussi bien, je vais être jalouse et regretter de vous avoir invités!" dit Hokuto en plaisantant. "A toi, Kuro-chan. Tu sais que vu ton look, je t'imagine bien chanter un générique de Naruto, ou de Kenshin, enfin un de ceux qui sont bien bourrins, ça t'irait très bien! Voyons..." Elle se mit à fouiller dans les listes de la machine.


Après un petit repas, ils se retrouvèrent à se promener en silence dans les allées d'un parc. Ils se mirent naturellement par couples, ce qui laissa Fye et Kurogane seuls. Le magicien saisit le bras de son compagnon, qui sursauta.

"Qu'est-ce que tu es en train de faire?" dit-il entre ses dents, pour ne pas se faire remarquer cette fois.

"Mais voyons, je joue la comédie." lui répondit Fye avec un grand sourire ingénu. "Nous nous sommes inscrits en tant qu'amoureux, il ne faudrait pas que quelqu'un s'aperçoive de quelque chose... Qui sait si l'administration d'ici ne vérifie pas ce que font les gens, de temps à autre?"

Kurogane essaya de ne pas faire attention à Fye accroché à son bras - mais s'il voulait vraiment jouer la comédie, lui aussi, il fallait bien qu'il ne semble pas trop gêné ni mécontent, et il essaya de faire comme s'il appréciait la façon dont le magicien appuyait son corps souple contre le sien. Il pensait que la situation était horriblement embarrassante, mais elle le devint encore plus quand il se rendit compte qu'il appréciait effectivement ce contact.

Peut-être aurait-il apprécié n'importe quel contact. Personne ne l'avait jamais pris dans ses bras avec affection depuis qu'il avait quitté sa famille, il y a si longtemps, et il n'avait pas fréquenté les prostituées non plus, jugeant cette distraction peu honorable. Oui, se convainquit-il, le contact humain lui manquait, tout simplement. Mais celui-là n'avait rien à voir avec des étreintes amicales ou familiales. Il était subtil et tiède, les cheveux doux de Fye lui caressaient parfois doucement la joue, avec la complicité du vent que Kurogane conspuait maintenant autant que les boutiques de glaces et les parterres de fleurs. Il aurait préféré que ce soit désagréable - il n'aurait pas eu moitié aussi envie de sauter en arrière et de ne plus parler à Fye.

Il se dit qu'il pourrait briser le contact en lançant un sujet de conversation, de préférence un de ceux qui fachaient, mais son esprit restait horriblement blanc.

Ce fut Hokuto qui, de façon inattendue, vint à la rescousse. Elle était déjà allée parler à Sakura et Shaolan pour vérifier que ses invités se sentaient bien, et elle les rejoint ensuite "Tu as bien chanté, finalement, Kuro-chan!"

"Tu vois donc bien que ce n'était pas une bonne idée d'aller t'enfermer aux toilettes pour y échapper." ajouta Fye. "Tu te doutais bien que nous te retrouverions, de toute façon." Kurogane jugea qu'une telle réplique était une bonne excuse pour lacher Fye maintenant, mais le magicien était beaucoup plus fermement lié à lui qu'il ne l'aurait cru.

"Et toi aussi, Fye-chan!" précisa Hokuto. Cette fois-ci, Kurogane profita de ce que le magicien reportait son attention sur Hokuto pour lui lacher le bras subtilement.

Il se sentit tout de suite soulagé et plus à l'aise, même s'il constata avec tristesse que le contact avait effectivement été agréable et qu'il lui manquait presque. Pendant ce temps, Hokuto continuait : "Vous êtes vraiment doués, dans votre groupe. Shaolan-chan un peu moins que les autres, mais..."

Elle regarda d'un oeil prudent le Shaolan en question, mais il était trop occupé à bavarder avec Sakura pour seulement les entendre. Kurogane décida de se concentrer sur eux plutôt que sur Fye, pour sa propre stabilité.

Elle avait insisté pour qu'il lui raconte sa vie, et il avait essayé d'en donner une version aussi exacte que possible, tout en y effaçant le rôle qu'elle-même y avait joué. Cela n'aurait rien changé, puisqu'elle l'aurait oublié, mais la vue de Sakura en train de s'évanouir et de rejeter ces souvenirs incompatibles avec ce qu'elle était devenue lui faisait trop de mal.

"Je suis désolée de ne pas pouvoir en dire autant." lui disait Sakura.

"Ce n'est pas grave." répondit Shaolan. "Pourquoi ne me raconterais-tu pas plutôt ce que tu veux faire une fois que tu auras retrouvé son âme. Même si tu n'as pas encore retrouvé ton passé, ton futur est aussi grand et libre que celui de n'importe lequel d'entre nous ; peut-être plus."

Sakura rougit : "En fait, il y a beaucoup de choses que je ne peux pas prévoir avant d'avoir retrouvé la mémoire. Alors je préfère ne pas parler de mon avenir tout de suite."

Shaolan sembla déçu, et Sakura reprit : "Par contre, il y a quelque chose dont je pourrais parler pendant des heures, c'est le passé dont je me souviens. pas les fragments confus qui me reviennent, ce que je sais que nous avons vécu ensemble."

"Je crois que nous pouvons sans risque les laisser un peu à l'arrière." dit Fye avec un sourire entendu.

"Désolé," vint leur dire alors Subaru, "j'ai apprécié cette soirée en votre compagnie mais j'ai un rendez-vous ce soir.

Hokuto regarda sa montre. "Déjà cinq heures! mais c'est vrai, nous allons être en retard! Il faut y aller!"

En seulement quelques minutes, le groupe se sépara en deux.

"Au revoir." dirent Subaru et Kakyô. Seishirô s'inclina.

"Oui, au revoir, Fye-chan et Kuro-chan. Vous direz au revoir de notre part à Shaolan-chan et Sakura-chan? On peut se revoir demain, d'ailleurs, puisqu'on loge au même hôtel!"

"Promis." déclara Fye, en s'inclinant lui aussi.

Kurogane se retrouva donc seul avec Fye (et Mokona, qui ne comptait pas vraiment à ses yeux, du moins quand il se taisait et restait à sa place). Il se rappela leur pénible séance d'enregistrement à l'entrée, leur promenade bras dessus bras dessous dans le parc, et se sentit soudain horriblement gêné. Il en vint même à espérer que Fye dise quelque chose et brise le silence.

Son souhait fut accompli, quoique pas de la façon qu'il avait prévue, quand comme la veille, les yeux de Mokona se firent fixes. Il montra la direction dans laquelle il sentait la plume, qui était vers le centre de la ville.

"Vite, il faut y aller!" s'exclama Kurogane.

"Pas tout de suite." lui répondit Fye.

"Comment ça, pas tout de suite! On ne sait pas combien de temps Mokona va pouvoir nous donner ces indications!" Kurogane partit en courant.

"Juste quelques minutes." répondit Fye, qui avait surgi à son niveau, mais contrairement à son camarade ne semblait pas essoufflé. "Nous n'aurons pas le temps d'y arriver."

En effet, à ce moment, Mokona redevint normal, et déclara : "Mokona a perdu la plume! Mais elle était par-là!"

"Il faut aller chercher les autres." dit Kurogane.

"Non."

"Pourquoi?" demanda le ninja, furieux.

"Parce que le soleil est à la même hauteur qu'hier, quand nous étions dans le champ. Parce que Mokona nous mène, à coup presque sûr, vers la plus grande tour, qui est au centre de la ville, celle qui est associée à son créateur. C'est exactement la bonne direction. Il vaut mieux s'y retrouver demain à cinq heures, et pouvoir profiter des indications de Mokona sur les étages, car cette tour semble grande, même de loin."

"Tout cela n'empêche pas d'y aller dès maintenant et de commencer à fouiller!" s'exclama Kurogane, un peu calmé.

"Non, Kuro-chan. D'abord, parce qu'il vaut mieux ne pas nous y faire remarquer d'avance, au cas où il y aurait un service de surveillance."

"Et l'autre raison?" bougonna Kurogane, plus vraiment fâché, et même un peu convaincu, même s'il ne voulait pas le reconnaître.

"Sakura et Shaolan ont l'air si heureux." murmura la magicien à son oreille - précaution bien inutile, les autres étaient déjà loin avant qu'ils ne commencent à courir - "Je voudrais leur laisser une journée de plus."

Kurogane, cette fois, ne fut plus en colère du tout, il se sentit même vaguement attendri. mais il se reprit vite : après tout, c'était contraire à son image, et il devrait plutôt plaindre Sakura et Shaolan pour s'amuser autant dans une ville si oppressante. De plus, était-ce vraiment ce que Fye pensait? N'y avait-il pas en permanence une pointe d'ironie et de dissimulation même derrière ses répliques qui semblaient les plus sincères?

Ce fut à nouveau en silence, et sans se rapprocher l'un de l'autre, qu'ils rejoignirent Sakura et Shaolan pour retourner à l'hôtel ensemble.

La salle-restaurant étaient pleine de gens qui devisaient gaiement, mais Hokuto et sa "famille" n'y étaient pas. Au cours du repas, Sakura et Shaolan se plaignirent du manque d'indices sur la plume, et Kurogane n'osa pas les détromper. Puis Shaolan suggéra que, faute d'indices, ils essaient d'aller faire un tour auprès de la tour qui était censée appartenir au fondateur de la ville, pour voir si on pouvait lui parler, et s'il ne savait pas quelque chose.

Bien sûr, Fye approuva, et proposa de s'y diriger dans l'après-midi. Shaolan lui en demanda la raison, mais Fye se contenta de dire que c'était une surprise, qu'il comprendrait plus tard et Shaolan se rangea à ce plan, malgré une certaine réticence.

Plus tard, à la fin du dessert, Sakura demanda timidement à Fye de l'accompagner dans le jardin.

"Comment pourrais-je refuser quelque chose à une jeune fille aussi charmante?" répondit le magicien en s'inclinant galamment.

Kurogane et Shaolan échangèrent un regard d'incompréhension profonde. Kurogane se demande si Shaolan, lui aussi, était traversé par des idées suspectes et déplaisantes à propos de ces deux-là - aussi improbable que cela puisse paraître. Puis il dit au revoir au jeune garçon et se replia vers sa chambre.

Il prit garde, cette fois, de marquer son territoire sur le lit, en y posant ses affaires, se réjouissant à l'avance du fait que cette fois, ce serait Fye qui dormirait sur le sol. Non pas que ce sol fût spécialement inconfortable, d'ailleurs ; ce n'était qu'une question de principe. Il s'assit sur le lit mais, au lieu de s'habiller pour la nuit et de se coucher, il se rendit compte qu'il attendait le retour du magicien.

"Alors? Tu t'es bien amusé avec Sakura-chan?" demanda-t-il d'une voix sarcastique alors que Fye avait à peine passé la porte.

"Sais-tu ce que nous avons fait?" demanda la magicien.

Kurogane eut un haussement d'épaules qui laissa entendre qu'il s'en moquait. Mais Fye continua : "Elle est allée choisir une fleur dans le jardin pour Shaolan ; et elle m'a demandé conseil. Mais je l'ai laissée choisir, bien sûr. C'est à une jeune fille de choisir la fleur qu'elle donnera à son aimé pour le remercier d'avoir couru mille dangers pour elle."

Kurogane fouilla dans sa mémoire, bougon. "Shaolan n'est pas vraiment allé chercher une fleur des sables pour elle, pas vrai?"

"Quelle plus belle fleur peut-on offrir à une jeune fille que son propre coeur?" demanda Fye "et le désert est-il plus dangereux que le voyage entre les dimensions?"

Kurogane se détendit manifestement, et Fye s'approcha de lui, s'assit près de lui sur le lit, pour lui murmurer "Tu étais jaloux, Kuro-chan?"

"Je m'inquiétais pour Shaolan, oui!" s'exclama Kurogane, furieux. "Je suis sûr que lui non plus n'aime pas ta façon de jouer les jolis coeurs avec n'importe qui!"

"Kurogane" dit Fye, qui contrairement à son habitude ne souriait pas "en dehors même du fait que tu me prêtes de tristes intentions, tu insultes Sakura-chan en supposant de telles choses."

"Eh, qu'est-ce que j'en sais?" demanda Kurogane, légèrement surpris et même inquiété par le changement d'attitude de Fye. "Ils ne se sont pas encore juré fidélité éternelle, hein?"

"Qu'en sais-tu, qu'en sais-tu?" demanda Fye, dont le sourire était revenu. "Tu ne les as pas suivis toute l'après-midi, n'est-ce pas? Moi non plus, je te rassure." ajouta-t-il. "Mais plus je les vois, plus je me dis que c'est tout comme."

Kurogane grogna, ne voulant pas s'avancer plus dans un sujet sur lequel il craignait d'être d'accord avec Fye. Il s'éloigna de lui d'une dizaine de centimètres pour signifier que le débat était clos. Mais Fye ne semblait pas être du même avis.

"Quels sont tes sentiments en voyant tous ces couples heureux?" demanda-t-il. "N'es-tu pas un peu frustré ou jaloux?"

Kurogane aurait bien laissé tomber la conversation ici, mais il savait que s'il ne s'expliquait pas, le magicien risquait de considérer son silence comme un acquiescement caché.

"Non." grommela-t-il. "Jaloux de quoi?"

"De voir tous ces gens être heureux, c'est tout."

"Je n'ai pas la moindre envie de jouer les tourtereaux, si c'est ce que tu demandes! Comment ce sort peut-il sembler enviable? Même s'ils s'amusent ici, il suffit de considérer leur désespoir dès qu'ils sont séparés pour les plaindre plutôt qu'autre chose."

"Tu penses être immunisé à ce genre de sentiments?"

"Non. Mais au moins, j'essaie de m'en protéger, moi, je ne suis pas un fou qui aime courir à sa perte."

La magicien se tut, s'écarta un peu, et Kurogane pensa qu'il avait compris. Pourtant il reprit, quelques instants plus tard.

"Avec qui aurais-tu voulu venir ici? Tomoyo-hime?"

Kurogane s'étrangla. Bien sûr, sa princesse lui manquait, mais ses sentiments pour elle étaient purement respectueux, et cela n'avait vraiment rien à voir!

"Non. Je n'aurais aimé venir ici avec personne. Je voudrais être déjà parti, c'est compris!?"

"Et parmi les gens que tu as rencontrés ici? Qui te plairait? Celle qui ressemble à Tomoyo, peut-être? Ou Hokuto-chan? Ou un des garçons?"

"J'ai dit personne!" fulmina Kurogane. "Pourquoi toutes ces questions?"

Il comprit trop tard qu'il venait de pousser Fye à continuer, nourrissant une conversation si embarrassante qui aurait pu s'éteindre ici.

"Eh bien," dit Fye, "comme je te le disais, je suis heureux que Sakura et Shaolan aient eu plus de temps, et je me disais que peut-être, étant ici, nous pourrions prendre un peu de temps pour nous."

Kurogane sursauta comme s'il avait été piqué par une guêpe. Il essaya de toutes ses forces d'interpréter cette phrase autrement, comme quand Fye s'était moqué de lui le premier soir.

"Je t'aime bien. J'aimerais essayer."

La voix était calme, sérieuse, peut-être même un peu tendue, mais quand Kurogane regarda le visage souriant du magicien, il fut soulagé en pensant que c'était encore une blague. Il éclata d'un rire un peu forcé.

"Ah, si tu veux utiliser des prétextes comme ça pour prendre une part du lit, je regrette, ça ne va pas être possible!"

Fye souriait toujours, et Kurogane se sentit presque coupable, en étudiant son visage, et en remarquant que ce sourire était plus vague, plus flou, plus volatil qu'à l'ordinaire.

"Ah, toujours incorruptible, Kurogane! Mais je vois que je n'ai aucune chance, avec toi!"

Ce soir-là, ce fut Fye qui se coucha immédiatement par terre, et fit semblant de dormir - Kurogane savait reconnaître un vrai sommeil d'une imitation. Et ce fut Kurogane qui, bien que couché sur le bon lit, ne put s'endormir tout de suite, passant plusieurs heures à retourner des questions dans sa tête.

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