Les divagations de Nelja (flo_nelja) wrote,
Les divagations de Nelja
flo_nelja

Lectures d'août - Partie 2


"La nuit sous le pont de pierre", par Leo Perutz
Environ 240 pages, cela se passe dans la Prague de la fin du 16e siècle, début du 17e. Au début, cela ressemble à un recueil de quatorze nouvelles de réalisme merveilleux, avec certaines histoires centrées sur le ghetto juif, d'autres sur la cour de l'empereur Rodolphe II, on change de personnage central à chaque fois... Mais en fait, c'est labellé roman, et c'est un roman, dans le sens que par un jeu de personnages récurrents, de petits mystères qui seront élucidés plus tard dans une autre histoire, on obtient un tout très cohérent. J'adore cette structure.
En particulier, le première histoire, la septième et la quatorzième créent, puis élucident un mystère sur la belle Esther, femme du juif Mordecai Meisl (un des personnages principaux, même si on met longtemps à s'en rendre compte), amante en rêve de l'empereur Rodolphe II, sans savoir pourquoi. Mais ce n'est qu'un des arcs développés dans cette histoire où la reconstitution historique et le surnaturel digne d'un conte de fées sombre se mélangent intimement.
Il y a des pièces d'argent maudites, des courtisans corrompus, des chiens qui parlent, des alchimistes incompétents, et plein de choses merveilleuses. J'ai adoré, il faut que je lise d'autres livres du même auteur.
10/10


"Le chêne parlant", par George Sand
Environ 180 pages, livres de contes. Déjà, j'avais un mauvais a priori contre l'éditeur, parce que ça ne contient qu'une moitié des "contes de grand-mère" écrits par George Sand, et le dessin de couverture est hideux. Heureusement que c'est moins moche à l'intérieur.
Voilà : cinq contes littéraires, le premier, "Le chêne parlant" éponyme, est plutôt long et moralisateur sur la valeur du travail et ne m'a pas accrochée, même si les descriptions de la nature sont jolies (et tous les mendiants sont secrètement riches à force d'exploiter les honnêtes gens, WTF George Sand). Aussi, un arbre parle, mais cela ne joue aucun rôle dans le scénario. Autant dire que ce n'était pas bien parti. Heureusement, j'ai trouvé tous les autres beaucoup mieux, celui avec un gamin qui découvre son don musical lors d'une hallucination en jouant dans une "orgue de titans" entièrement faite de pierre, celui où la fée de la poussière fait une exposition sur la création scientifique du monde telle qu'on la voyait au 19e siècle, celui avec une gouvernante tellement myope qu'elle voit les minuscules papillons de nuit et couine dessus, et son rival qui est peut-être une chauve-souris transformée, et celui où un jeune homme voit son combat contre les tonnes de roches qui ont détruit la maison de son enfance comme une quête épique contre un géant paien.
6/10


"Petite fille rouge avec un couteau", par Myrielle Marc
Environ 180 pages, roman ; au début je me disais que c'était moins sombre que ce que j'imaginais avec ce titre, ce n'est pas une histoire d'abus sur enfants ou commis par des enfants, juste une famille française dans les années 50 dont le père est mort mais on le cache aux enfants, qui a des difficultés financières, et la petite fille est violente et a beaucoup d'imagination ; cela se manifeste dans les carnets qu'elle écrit, qui forment le livre (j'aime comment on voit son style d'écriture mûrir au fur et à mesure, mais au début, les expressions argotiques peuvent faire bizarre, je ne sais pas si ça réussit à faire naturel parce que je n'ai pas vécu dans les années 50), et aussi dans les jeux qu'elle, ses amis et son frère jumeau jouent dans un vieux château abandonné, "l'Empire", où ils suivent des règles mystérieuses, magiques et parfois violentes.
Le fait qu'elle refuse de s'habiller autrement qu'en rouge, qu'elle porte un couteau à la ceinture et soit prompte à insulter les gens est parfois troublant, on ne sait pas si cela doit être pris comme un trait de caractère bizarre mais touchant et qui va passer, ou comme un vrai signe de déséquilibre, mais vu le point de vue, je crois que c'est fait exprès et maîtrisé.
J'ai beaucoup aimé le mélange d'humour, d'espoir et de passages déprimants, mais ça, c'était jusqu'à la dernière partie, qui est tellement triste, trop triste ! Là aussi c'est fait exprès, cela fait partie de l'histoire, c'est juste moi que ça a mis par terre. C'était bien, pourtant !
7/10


"Récits et épisodes de la révolution française", par Marcelle et Georges Huisman
"Récits de la révolution française", par Marcelle et Georges Huisman
Le premier fait environ 250 pages, le second environ 150. Ce dernier est une réédition pour le Bicentenaire, où ils ont rajouté une petite introduction de présentation (où l'auteur réussit avec à peine un peu d'embarras à raconter la révolution sans faire passer personne pour les méchants, j'admire, c'est périlleux), et surtout où ils ont enlevé un bon tiers des histoires ! Sans raison !
En gros, la réédition est du n'importe quoi.
Maintenant, le contenu :
Les quatre premières histoires sont respectivement sur la Bastille, les journées d'octobre, la fuite à Varennes, et le 10 août. Elles ont le point commun d'être politiquement du côté de la révolution mais humainement plutôt du côté du roi et de la reine, car dedans "le peuple", malgré quelques noms cités, reste une entité le plus souvent abstraite.
Et ensuite, ça se retrouve à être des histoires sur des individus pris dans la révolution, et c'est très fun, parce qu'elles sont toutes écrites avec une grande sympathie pour leur personnages principaux, une naïveté parfois biaisée... sauf que les orientations politiques des différents héros ne sont pas du tout les mêmes, donc sur l'ensemble, ce n'est pas manichéen du tout. Pour un enfant, ça pourrait presque en devenir confus.
Pour leurs choix, les auteurs semblent avoir un amour particulier pour les martyrs et les héros de guerre. A cette époque, ce n'est pas ce qui manque. ^^
Et souvent je ne suis pas d'accord, mais je trouve le principe vraiment sympa. Parfois je conteste sur des faits, mais après tout le but est de raconter ça comme un conte, de faire des relations claires, de faire un choix quand un personnage présente plusieurs interprétations, et quoi ? C'est une collection de livre de contes ! Je suis entrée dedans en étant toute prête à accepter des histoires où Dieu fait pousser des mogettes pour cacher un prêtre réfractaire, où les sorciers de Dessalines lèvent une armée de zombies, où 1793 a été prévu par une très ancienne prophétie (je n'ai rien eu de tout cela)... et je suis là à me plaindre parce que Charlotte Robespierre dit du bien des Duplay ? Double standard, c'est moi. ^^
7/10 (pour la version longue !)


"Mille ans de contes tsiganes" recueillis par Bertrand Solet
Recueil de contes, pas loin de 400 pages, comme d'habitude avec cette collection on peut lire pour sa faim. Certains contes sont directement d'origine tsigane ; d'autres sont des contes d'un pays ou d'un autre qui ont été repris, modifiés, transmis, par les tsiganes ; d'autres enfin, malgré le titre, ont des tsiganes comme héros ou comme méchants, mais sont des récits qui ne viennent pas de leur culture.
Il y a de tout, des récits d'origines, des récits astucieux, des contes merveilleux, des contes fantastiques, et, à la fin, une petite anthologie sur la vision (le plus souvent négative, plus rarement romantique et idéalisée) des tsiganes dans la littérature et la poésie occidentales. Cette partie-là est très intéressante mais, de mon avis, moins agréable à lire que les contes du début du tome, et cela rend le titre de l'anthologie un peu trompeur. Chaque conte ou récit est accompagné d'une introduction qui explique le contexte, le travail de recherche semble bien fait. Je regrette juste qu'on ait parfois des variations trop légères, un ou deux contes qui se répètent.
7/10


"L'économie de l'esclavage colonial", sous la direction de Fred Célimène et André Legris
Recueil d'essais et d'articles de différents auteurs, environ 300 pages, lu pour voir si ça me donnerait des idées pour mon NaNo... bah au début oui, quand ça parle des confrontations entre idées philosophique pour justifier ou mettre en accusation l'esclavage, mais en fait, ce n'est pas un livre de philosophie, c'est un livres d'histoire et surtout d'économie (il y a même des graphes), et globalement je pense que quand on s'intéresse exactement au sujet traité c'est super-intéressant, mais quand on aborde le livre en curieux c'est assez ingrat, trop pointu.
Il devient donc très intéressant de savoir si vous vous intéressez exactement aux sujets traités, donc je vais recopier les titres de parties : L'argument esclavagiste dans les théories du contrat social, Penser l'esclavage : de la morale à l'économie, Le profit ou la domination : la figure de l'esclave dans l'économie d'Adam Smith, Pourquoi et comment faut-il abolir l'esclavage dans les Antilles françaises ?, De la démocratie et de l'esclavage : Tocqueville à l'épreuve des colonies, Le paradigme sucrier (XIe-XIXe siècle), L'économie coloniale des Antilles françaises du temps de l'esclavage, La transition de l'esclavage au salariat à la réunion (1828-1853)
6/10


"Contes et légendes du Poitou", par Jean Robert Colle
Recueil de contes, environ 250 pages. Je connais assez bien les contes du coin, j'ai déjà fait de la recherche dessus il y a quelques années. Mais j'ai encore trouvé de nouvelles histoires. Et surtout, ce qui m'a surprise dans ce livre, c'est la façon dont les légendes classiques sont rallongées. Pas qu'elles tirent en longueur, non : le style est concis (je n'ai rien d'autre à dire dessus, ni en bien, ni en mal). Mais aux histoires que je connais, on rajoute des prologues, des épilogues, de nouveaux épisodes intercalaires, qui parfois changent complètement le sens.
Pour donner un exemple frappant : une histoire commence tout à fait comme le Roman de Renart, avec le loup qui se fait harceler par le renard. Il va voir Mélusine, elle propose de le transformer en humain pour améliorer son sort, mais même dans ce cadre il reste méchant et égoïste et est puni. Quand à sa femme, humaine aussi, elle continue à manger des coeurs d'enfants, mais se repent au dernier moment et gagne le paradis par une terrible pénitence. Basculement d'ambiance, n'est-ce pas ? O.O
Parfois, ce sont même deux histoires que je connaissais séparément qui se retrouvent ainsi liées ensemble. Et en fait, j'aime beaucoup.
Sinon, le seul reproche que j'ai à faire à ce livre, c'est que bien dans l'esprit local, il présente les catholiques comme les gentils, et tous ceux qui s'opposent à eux comme les méchants. Les guerres de religions sont présentées comme des bandes de protestants qui pillent pour le plaisir, parfois ça fait grincer des dents, et les révolutionnaires n'ont rien de mieux à faire de leur journée que jouer au ballon avec la tête de Saint-Honoré... vous voyez l'idée ! Enfin, ce sont des contes. ^^ Et cela n'intervient pas dans tous, loin de là !
7/10


"L'Archange et le Procureur", par Christophe Bigot
Roman, environ 280 pages. Et je l'ai lu comme une fanfiction sur la révolution française.
Cela se passe longtemps après la révolution, et Anne Duplessis (la mère de Lucile Desmoulins) envoie à son petit-fils Horace Desmoulins une lettre pour laver ses parents des accusations de dépravation prononcées contre eux. Sauf qu'elle a l'intention de lui dire toute la vérité, pas de les montrer tout blancs.
Ce n'est pas le seul livre sur les révolutionnaires français que j'ai lu, il y en a encore un au tout début de ce mois. Mais celui-là sonne vraiment comme une fanfic pour moi. Je suis arrivée en connaissant déjà Camille et Lucile, en les shippant déjà, ils sont très in character, ils sont charmants. Mais si je ne les connaissais pas avant, est-ce que j'aurais accroché ? Je ne sais pas. Il y a des passages, comme la première fois où Fouquier-Tinville est mentionné, où on est censé connaître l'histoire, sinon on rate tout le foreshadowing. Est-ce que sinon c'est compensé par le suspense ? Je ne crois pas. Par apprendre des choses ? Peut-être, mais...
Mais le point de vue d'Anne Duplessis est souvent biaisé. Au point que ça en devient douloureux pour moi vers la toute fin. C'est normal ! Il y a des gens qu'elle aime bien, des gens qu'elle n'aime pas, elle sera furieuse contre n'importe qui qui, exprès ou pas, cause du tort à "ses enfants", elle a des opinions bien arrêtées sur les choses et la morale, un peu ancien régime mais pas entièrement, et honnêtement, ça colle bien à Anne Duplessis, c'est très crédible. Si on connaît déjà l'histoire, c'est intéressant. Mais pour la même raison, je ne pense pas que ce soit un bon moyen pour découvrir. A moins que ses biais soient aussi les biais de l'auteur ? Mais j'espère que non. Je veux dire, il y a des personnages, comme Robespierre, où je suis là à penser que non, il n'est pas du tout comme ça, mais que si, c'est exactement ce qu'elle aurait pensé de lui, mais damn, pourquoi il a si peu de scènes, pourquoi on n'a que le point de vue d'Anne, pourquoi on ne peut pas montrer ce qu'il est vraiment ? La réponse est : parce que le point de vue ne biaise pas que les opinions, mais aussi l'information qu'on a. C'est normal. Ce n'est pas comme si elle allait espionner les gens chez eux (sauf, hum, rares circonstances ^^). Ce n'est pas comme si elle connaissait toutes les subtilités politiques.
Aussi, si c'était une fic, ce serait labellé : PoV Anne Duplessis, Camille/Lucile, indices de Camille/Saint-Just. Parce que ce sont eux qui sont mentionnés dans le titre (les surnoms canon ou fanon des révolutionnaires français ^^), et ils se détestent, rien à dire sur la caractérisation, mais il y a quand même de l'UST symbolique pas subtile. Et aussi du Saint-Just/Robespierre, si on veut le lire comme ça. Sauf qu'encore une fois, Anne Duplessis ne va pas raconter de si vilaines calomnies dans les détails, elle peut laisser entendre qu'il y a peut-être un fond de vérité dans une partie restreinte des accusations de dépravation mais seulement en sous-entendu, et... c'est très frustrant. Je veux dire, je ne dis pas ça seulement en tant que fan de slash. J'adore les visions fictionnelles du triangle entre ces personnages, même en amitié. Mais là, c'est comme si elle refusait de plonger dans les détails sordides (car, fidèle à son époque, elle considère l'homosexualité comme une perversion), et de détailler l'aspect émotionnel, et même d'admettre que Robespierre et Saint-Just sont autre chose que des monstres, après coup... Haaa, c'est in character pour elle, je le répète ! Et frustrant quand même, je le répète aussi ! C'est comme si, à cause du choix de point de vue, la partie qui m'intéresse le plus dans ce livre, celle pour laquelle l'auteur s'est le plus éloigné du canon, a le plus écouté ses "fantasmes personnels" (l'expression est dans l'avertissement, ce n'est pas moins qui invente) se trouve reléguée dans les marges du subtext.
7/10


Progression : 64/52

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Tags: comm:50bookchallenge, fandom:conte, fandom:le roman de renart, fandom:rpf révolution française
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