Les divagations de Nelja (flo_nelja) wrote,
Les divagations de Nelja
flo_nelja

Fic - Les Misérables - Les Amis de l'ABC - Humour et science - Partie 2

Apparemment, le 6 juin est un jour que, dans le fandom Les Misérables, on célèbre en postant de la fic. (Aussi, je me suis habillée tout en rouge aujourd'hui pour aller travailler. Je n'avais pas célébré le 6 juin de cette façon depuis le lycée. Nostalgie, tout ça :-) )


Titre : Sur le lilas brûlé et le salut public
Auteur : [personal profile] flo_nelja
Fandom : Les Misérables
Persos/couples : Les Amis de l'ABC, la veuve Hucheloup, Gavroche
Genre : Humour
Résumé : Dans lequel les Amis de l'ABC tentent de faire de la poudre à canon en utilisant des instructions révolutionnaires, des fleurs, et de la science.
C'est plus compliqué que cela en a l'air.
Rating : PG
Avertissements : Du feu et des explosions, et quelques blagues pas subtiles
Disclaimer : Tout a été créé par Victor Hugo
Nombre de mots : ~4000 pour ce que je poste aujourd'hui
Notes : Ecrit à l'origine en anglais. Denis Guedj est toujours la meilleure partie de ma documentation. Voilà un lien pour en apprendre plus sur l'explosion de la poudrière de Grenelle.



Le lendemain, Combeferre avait posé le tome 13 de l'Encyclopédie sur le tome 14, et l'avait ouvert à l'article "Poudre".

"Joly, as-tu amené ta balance ? Parfait, j'ai aussi la mienne, nous pouvons paralléliser. Les proportions sont différentes pour la poudre à canon et la poudre pour charger un fusil. C'est ici le second qu'il nous faut..."

"Cette partie-là est facile !" s'exclama Bahorel. "Pas besoin de compter. Je vais vous montrer" Il s'empara d'un petit cristal de salpêtre, d'une pincée de soufre, d'un fragment de charbon, et les plaça dans un pot de bois courbé qu'il avait sculpté avec une buche. Puis il se saisit d'une autre pièce de bois, en forme de cône aplati, et commença à piler.

"Tu ne devrais pas faire ça !" s'exclama Combeferre. Cela suffit au reste de l'assistance pour faire un cercle autour de Bahorel, à distance très respectueuse.

"Je l'ai fait des dizaines de fois quand j'étais petit !" protesta Bahorel, pilant toujours les trois ingrédients ensemble. "Cela fait de très bons feux d'artifice. Si à l'époque j'aavais eu un fusil, alors..." Une flamme très haute jaillit du bol, jusqu'au pilon de Bahorel, sa main, et presque jusqu'au plafond.

Bahorel éclata de rire, et commença à essayer d'éteindre les flammèches qui s'étaient logées dans ses cheveux. Enjolras, sans un mot, lui renversa un verre d'eau sur la tête.

"Merci." Il rit à nouveau. "D'accord, je ne m'y attendais pas. C'était arrivé les premières fois, quand nous essayions de les écraser avec des cailloux. Mais avec du bois, normalement, cela s'améliore. Quand personne n'essaie d'allumer une cigarette volée à proximité, au moins."

"Mais tes amis et toi utilisiez directement le salpêtre de la cave ?" demanda Combeferre.

"Oui."

"Celui-là est plus fort." Il je dit pas Je te l'avais bien dit. Il essayait très fort de ne pas le penser. Il n'y arrivait pas très bien.

"Je vois cela." Bahoral rit à nouveau, essuyant l'eau qui dégoulinait le long de son visage. "Et c'est une très bonne nouvelle !"

"Au passage, c'est vraiment dommage de ne pas pouvoir réutiliser ce mortier. C'était une bonne idée. Nous aurions seulement pilé le charbon, le salpêtre et le soufre séparément, avant de les mélanger dans un liquide..."

"J'en ai d'autres !" révéla Bahorel. "C'était ça, ou mélanger ton chaudron comme une vieille sorcière, donc... j'ai des mortiers pour tout le monde !"

Combeferre ne commenta pas sur la sorcière. La poudre à canon et Diderot l'avaient probablement déjà suffisamment vengé.

***


"Je ne connaissais pas cette partie." remarqua la veuve Hucheloup. "A ce stade, nous le donnions au maire." Elle ajouta "C'est intéressant." d'une voix qui montrait une quantité d'intérêt absolument nulle.

"J'y arrive ! J'y arrive !" Joly tenta de serrer la veuve Hucheloup dans ses bras. Elle sembla légèrement prise de court. Il sautait dans la pièce, se jetant au cou de tout le monde, et montrant les cristaux de salpêtre qu'il avait fini par synthétiser.

La veuve Hucheloup battit en retraite.

Près du chaudron, Combeferre poussa un soupir de soulagement. La veuve Hucheloup commenta "Diderot ? Ce n'est pas l'homme qui a écrit cette histoire scandaleuse avec un anneau et des sexes de femme qui bavardent tout du long ?"

"Oui, mais..."

"Aussi, celui avec les nonnes perverses et l'abbesse sadique." commenta Grantaire. Il n'aidait pas.

"Exactement ! Et vous avez confiance en cet individu pour faire de la poudre à canon ?"

Avant que Combeferre ait le temps d'expliquer, Grantaire avait commencé "Il essayait de montrer la corruption de l'Eglise, vous savez."

La surprise de Combeferre était visible. La veuve Hucheloup laissa échapper un grognement très neutre.

"En fait," continuait Grantaire, "certains de mes amis ont une théorie, selon laquelle les brillants esprits qui... s'occupaient des problèmes sociaux de leur époque devrait pouvoir aussi donner des conseils en chimie.

"C'est une théorie très stupide."

"Oui." répondit Grantaire, apparemment très satisfait de lui. "C'est ce que je pensais aussi."

***


Avec un pilon et un mortier, il était étonnamment facile - au point que c'en devenait suspect - d'obtenir de la poudre très fine de salpêtre ou de soufre. Le charbon demandait plus d'efforts, mais certaines personnes qui, après les deux derniers jours, avaient envie de taper sur quelque chose, de préférence en rapport avec la poudre à canon, furent heureux de s'y atteler.

Le temps de les mélanger était arrivé. Peut-être même le temps de les mélanger sans se brûler les cheveux, mais cette partie restait très théorique.

"Aucun risque." rassura Combeferre. "J'aurais beaucoup plus peur de ne jamais réussit à le faire sécher. Nous ferons le mélange dans une petite quantité de liquide, assez pour l'humidifier."

"De l'eau, tu veux dire ?" demanda Joly.

Combeferre relut le chapitre concerné de l'Encyclopédie. "De l'eau, du vinaigre, ou même de l'alcool, ou... on dirait que de l'urine marcheraita aussi. Il n'y a pas d'indications sur lequel marche le mieux. Essayons de petites quantités. Si cela ne marche pas du premier coup, cela fera moins de gaspillage, et nous n'avons pas beaucoup d'expérience. Toutes les quantités sont décrites de façon proportionnelle, ce qui est heureux, puisque c'était avant que la Révolution nous donne le système métrique..."

"Attends, de l'urine ?" finit par demander Joly.

"Je suis plus curieux de savoir comment de l'alcool peut empêcher quelque chose de brûler, mais oui."

"Mais ils ont vraiment essayé ?"

"Je n'en suis pas certain, vu qu'il n'est pas mentionné lequel marche le mieux."

"Je suis sûr que si, et que tout est équivalent, c'est pourquoi nous ne faisons pas ces expériences. Combeferre, je peux te voir y penser !"

Quelques plaisanteries furent murmurées sur l'urine de Diderot, abordant peut-être même le sujet du pénis de Diderot en général, mais Combeferre ne se laissa pas distraire.

"Je pensais juste que ce serait mieux d'avoir les notes de Lavoisier, puisqu'il..."

Et Bossuet éclata d'un rire hystérique, puis Joly essaya de le calmer, et il s'ensuivit un tumulte nerveux, probablement centré sur les notes de Lavoisier étant meilleures que l'urine de Diderot, mais comme à peu près tout le monde parlait en même temps, et Bossuet continuait à rire si fort qu'il ne pouvait plus parler, il était difficile de trancher. Et tous ceux qui essayaient de l'arrêter finissaient par éclater de rire à leur tour, même Combeferre lui-même.

Enjolras observait la scène, un peu confus.

"J'appelle un moratoire sur les plaisanteries sur l'urine." dit-il, calmement, mais avec suffisamment d'autorité pour faire faire tout le monde, même Bossuet. Quand on y pensait, cette interdiction laissait très peu de sujets de conversation.

Combeferre ajouta, par mesure de sûreté. "Et s'il vous plait, ne plaisantez pas sur Lavoisier non plus. Il est un des auteurs des textes sur lesquels nous travaillons, et la République ne devrait le mentionner qu'avec honte."

Courfeyrac profita du silence qui s'ensuivit. "Et comme j'ai un sens des priorités, j'appelle un moratoire sur tout usage effectif d'urine. Ou plutôt, une interdiction totale. Je promets d'aller chercher autant d'eau qu'il faudra à la fontaine, si personne n'urine dans des bols."

"Je suis désolé." ajouta Bossuet. "La chimie me rend nerveux."

"Elle rend tout le monde nerveux." rassura Jehan. "C'est devenu évident. Si cela ne l'était pas déjà."

"Sinon, vous savez que les parties scientifiques de l'Encyclopédie ont été principalement écrites par d'Alembert, et pas Diderot !" ajouta Combeferre. "Je peux comprendre la confusion de la part de mame Hucheloup, ou même Grantaire, qui le fait exprès, mais s'il vous plaît..."

Ceux qui approuvaient les plaisanteries sur l'urine comme ceux qui s'y opposaient le regardaient maintenant de la même façon, comme si c'était le commentaire le moins pertinent de l'histoire du monde, et avaient-ils mentionné que ce chaos était de sa faute en premier lieu ?

"Vous attendez que je censure tous les aspects qui peuvent mener à des discussions hors-sujet ou envenimées la prochaine fois, n'est-ce pas ?" Il sourit. "Je suis désolé, mais la science ne fonctionne pas de cette façon. Mais d'accord, pas d'expériences. J'espère vraiment que tout se passera bien avec l'eau. Puis-je vous montrer comment utiliser la balance pour mesurer les proportions exactes ? Joly, s'il te plait, aide-moi avec la tienne."

Les braves chimistes improvisés, revenus au calme, vinrent prendre leur part de soufre, de salpêtre et de charbon à mélanger, même si on entendait toujours quelques rires étouffés.

C'est à peu près à ce moment que la veuve Hucheloup passa la tête par la porte. "Personne ne pissera dans des bols dans ma maison !" clama-t-elle.

"Merci, femme merveilleuse !" répondit Courfeyrac.

"Pas de quoi." Elle repartit.

Quelques minutes plus tard, elle réapparaissait. "Et oui, cela veut dire que je vous écoutais. Mais c'est ma maison, donc j'ai totalement le droit."

Puis elle partit pour de bon.

***


"Il ne nous reste plus qu'à mélanger. N'oubliez pas de rajouter de l'eau dès que cela commence à se dessécher."

"Combien de temps ?" demanda Courfeyrac.

"Oh, sur de si petites quantités, seulement quelques heures. Puis nous les laisserons reposer, et dès demain, nous pourrons probablement les réduire en poudre avec les passoires, les laisser sécher, et voir ce que cela donne."

La plupart des yeux fixaient Combeferre comme si dans ce contexte, des mots tels que "seulement" ou "dès demain" étaient déplacés.

"Le mélange doit être très fin." expliqua-t-il. "Et une bonne nouvelle : demain nous aurons cristallisé tout le salpêtre que nous avons, donc nous pourrons éteindre le feu. Et comme la recette sera testée, nous saurons ce qui marche, aussi, dès après-demain, nous pourrons faire cela au café Musani ou même chez nous. Aussi, ce mélange est facile. Un enfant pourrait le faire. Faire passer les grains demain sera plus technique."

"Profitons de la partie facile." dit Joly en souriant.

Une demi-heure plus tard le mortier de Bossuet explosait, et Joly reconsidérait sérieusement son affirmation alors qu'il mettait un bandage sur ses mains.

Puis Jehan fit quelque chose que son poignet n'aima pas du tout. Puis la moitié de la mixture de Grantaire s'enfuit sur le sol - il l'avait probablement ennuyée à mort, commenta-t-il. Puis le mortier d'Enjolras passa à deux doigts de prendre feu.

A ce stage, il était clair que cela pouvait arriver à n'importe qui.

Peut-être que ce n'était pas la partie facile.

Ou - ce qui était plus terrifiant à considérer - peut-être que cela l'était.

***


"Je parie sur Courfeyrac, la prochaine fois." dit Joly.

"Tu ne fais que me motiver pour ne pas échouer !" répondit Courfeyrac, affichant un air offensé.

"Pour l'instant, tu ne t'intéresses même pas à ce que tu fais, seulement aux paris."

"C'est vrai, c'est vrai. Mais j'ai l'impression qu'y mettre trop d'énergie ne fait que dessécher la poudre, donc plus d'accidents ! C'est qui qui aurai la meilleure qualité, à la fin."

"Je parie sur moi." dit Bossuet.

"C'est interdit. Ce serait trop facile d'échouer exprès."

"Je promets de ne pas essayer. Essaie de comprendre. Tu sais combien le Guignon peut me favoriser, et maintenant, elle devra me laisser tranquille ou me faire gagner un pari."

"Jolie stratégie." commenta Joly. "Vas-y, Courfeyrac. S'il est le prochain à faire brûler la pièce, ce n'est pas toi, donc tu gagnes."

Courfeyrac céda. "C'est bon. Mais seulement pour toi, mon cher Bossuet, ne le dis à personne." Il héla discrètement Combeferre. "He, tu veux parier sur la prochaine explosion ?"

Combeferre examina les techniques de mélange de tout le monde, comme s'il y avait réellement une manière scientifique de le prédire. "Bahorel."

"J'ai entendu ça ! Je parie sur toi !"

"Tu perdras probablement."

"Je m'en moque, c'est juste pour le faire. En plus, personne d'autre ne croira que tu puisses tout faire sauter, donc si ça arrive, je gagne le jackpot !"

"Jehan ?" continua Combeferre. "Je suis sûr que tu as une idée !"

"Ne puis-je parier sur le fait que rien n'explose aujourd'hui ?"

"Oooh, j'admire ton optimisme. Tu peux, et c'est même très risqué, donc c'est du vingt contre un. Peux-tu aller me chercher Grantaire ?" Il se retourna. "Oh, bonjour, Enjolras. Es-tu vraiment sûr que nous ne devrions pas faire cela ? C'est très distrayant."

Enjolras haussa les épaules "En fait, tu remontes efficacement le moral des participants, non, pas spécialement. Je protesterais si c'était une question de vie et de mort - ce qui n'est pas le cas. Des explosions pourraient être bien pire." Il semblait essayer très fort de se convaincre.

"Vraiment ? Parfait ! Est-ce que tu veux parier, alors ?"

"Je n'irai pas jusque là."

***


"Ce doit être Feuilly." dit Combeferre en souriant quand la porte s'ouvrit. Mais non, c'était un enfant, celui qu'on appelait Gavroche, qui entra comme s'il était chez lui. Il transportait un grand seau.

"Salut ! Quelqu'un ici a demandé plein de salpêtre ? Oh, comme ça sent mauvais ! Bien, très bien !"

Il se dirigea vers Courfeyrac, qui se figea, comme s'il avait oublié de prendre garde à ce qu'il désirait. Il examina le seau, qui était presque plein, rien à voir avec ce qu'on pouvait ramasser dans une cave.

"Je veux ma paie, maintenant !"

"Bien sûr !" Courfeyrac lui tendit une pièce de cinq francs, puis, après une hésitation, une seconde.

"C'est très aimable à toi de doubler le prix, citoyen, mais nous avions un autre engagement."

"Bien sûr, tu peux dîner avec nous ce soir."

"Tu sais ce que je dis."

Jehan s'approcha de l'enfant pour demander. "Cela... cela vient-il de chez tes parents ?" La question muette, as-tu des parents, lui brûlait les lèvres.

Gavroche sembla offensé. "Pour qui tu m'prends, citoyen ? Direct de chez moi !"

"Cela semble grand." remarqua Jehan, espérant des réponses.

"Toute la ville de Paris. On ne fait pas mieux. Mais si tu veux bien, j'ai des sujest importants à discuter." Il se retourna vers Courfeyrac, semblant aussi sérieux qu'il en était capable. "Tu as promis que je pouvais faire des explosions avec vous demain !"

Courfeyrac regardait Jehan comme s'il pouvait le sauver de la décision très stupide qu'il avait prise il y a seulement quelque jours, quand tout, et la poudre à canon en général, semblait différent. Il pouvait peut-être éveiller une forme d'innocence chez les enfants, quelque chose du genre.

Jehan soupira avec tristesse, citant. "Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus, Je veux de la poudre et des balles."

"Comme il dit. J'crois." répondit Gavroche en souriant. En vérité, il était un peu méfiant, mais tout prêt à être grec si c'était nécessaire.

"Tu ne reviens pas sur une promesse, Courfeyrac." trancha Jehan. "Certainement pas avec un pauvre enfant." Gavroche fit une grimace moqueuse à Courfeyrac. "Et tu seras personnellement responsable de sa sécurité demain."

Courfeyrac eut un très lourd soupir, et pila sa mixture si violemment qu'elle lui jaillit au visage.

"Je gagne !" lança Joly.

"Oh," dit Gavroche, "ça va être exceptionnel !"





Le lendemain était un dimanche. Feuilly, qui n'était pas retenu par son travail, était le seul dont l'anethousiasme soit à peu près intact, pendant que Combeferre lui expliquait la version accélérée de ce qu'il avait raté.

"C'est vraiment fascinant."

"N'est-ce pas ? C'est triste que tout le monde ne le voie pas de la même façon.

"Tu sais," suggéra Feuilly, "c'est long et ennuyeux d'écraser la poudre. Plutôt que d'avoir tout le monde qui s'occupe d'un petit bol, peut-être pourrions-nous en faire passer un plus gros de main en main, et hors de leur tor les autres pourraient se reposer, faire des cristaux de salpêtre, ou tout le reste."

"C'est effectivement une bonne idée. Mais pour un premier essai, c'est mieux si personne ne peut blâmer ses camarades si la poudre ne brûle pas bien... ce n'est pas que je pense que nous allons échouer... mais c'est une possibilité... je suis un peu nerveux. Est-ce que très nerveux commence à être une description raisonnable de mon état ? Ne le répète à personne. J'ai fait les passoires avec du parchemin percé de trous, c'est censé marcher. Je ne comprends vraiment pas comment cela peut marcher. C'est comme si j'essayais de construire une usine avec des cailloux et de la terre, ce qui est l'histoire de l'humanité, mais est, enfin, énorme ! Aussi énorme que peut l'être l'histoire de l'humanité !"

"Je ne répèterai rien." promit Feuilly. "He, si tu me montres les proportions, je vous rattraperai."

***


"Vieille femme, je suis impressionné. Tu es si hideuse que tu pourrais passer pour un singe doué de la parole."

"Tais-toi, sale gamin !"

"La voix aussi est parfaite ! Veux-tu gagner des milliers en travaillant pour un cirque ? Je serai ton agent. Nous vendrons des portraits, et tous ceux qui les verront penseront qu'ils sont exagérés ! Tu peux devenir plus célèbre que le Roi ! Bah, j'espère que le peuple oubliera vite celui-là, aussi cela ne veut pas dire grand chose."

La Veuve Hucheloup se tourna vers Enjolras, qui montait les escaliers "Est-ce que cette chose est à vous ?" demanda-t-elle, furieuse.

Enjolras fixa Gavroche, puis à nouveau la Veuve Hucheloup. "Il est du peuple, donc bien sûr, il est à nous."

"Si tu demandes si je suis l'un d'entre eux, un bon républicain, je dis oui !" se rengorgea Gavroche. "Au sens très égalitaire de à eux. Ou peut-être que tu demandes si l'un d'entre eux est mon père caché ? Si oui, honte sur toi, parce que un, tu lis trop de romance, et deux, je compte mieux que toi." Il se tourna vers Enjolras. "Et par là je veux dire, citoyen, que tu aurais commencé très jeune."

"C'est un démon ! Etes-vous sûrs de vouloir le laisser dans la même pièce que des... choses qui explosent ? Surtout quand cette pièce m'appartient ?"

"Puisque vous le demandez, non, je n'en suis pas sûr, mais rien ne l'empêchera. cela a été décidé."

"Vous êtes malpolis ! Tous les deux !" s'exclama Gavroche avec un grand sourire, peut-être même un peu encourageant.

"Si tu avais été respectueux envers Mame Hucheloup en premier lieu, elle pourrait être polie avec toi maintenant."

"Impossible ! N'oublie pas que j'ai goûté sa cuisine hier ! Et toi, tu me respecterais ?"

"Je te respecte. Tu es compétent et efficace. Je n'ai donc pas l'intention de prendre des gants avec toi, et de te laisser croire que tu te conduis décemment, quand tu insultes nos alliés sans raison."

"C'est amusant ! Ca ne suffit pas, comme raison ?"

"Plus amusant que de monter à l'étage et passer à la poudre à canon ?"

"Je peux avoir les deux. Tu essaies de m'embrouiller, mais je vois très bien tes combines, joli garçon !"

Enjolras soupira. "Je n'essaie que de grimper ses escaliers, et si tu ne viens pas avec moi, je te laisserai à la merci de Mame Hucheloup. Elle a des armes plus terribles que sa cuisine."

"C'est mieux ! Tu peux motiver des troupes, quand tu veux ! Adieu, hideuse déesse !"

"Quand je veux ?" remarqua Enjolras.

"Je te montrerai comment on fait."

"C'est ça."

"Tu veux apprendre comment insulter des gens ? Clairement, tu n'es pas doué. C'est une des choses les plus importantes en politique."

"Ce n'est pas parce que je ne veux pas descendre à ton niveau que..."

"Tu vois ! Vraiment pas doué !"

En les voyant partir, la Veuve Hucheloup ricanait. "Vous aviez raison, il est à vous."

***


"Alors, ça explose quand ?" demanda Gavroche.

"Quand on veut." Combeferre haussa un sourcil. "Ou, parfois, quand on ne veut pas."

"Bon ! Je peux essayer ?"

"Pas juste maintenant, puisque je viens d'humidifier le contenu des mortiers."

Gavroche lui lança un regard lourd d'accusations, de l'avoir fait exprès, de s'être vanté totalement abusivement à propos d'explosions, et globalement de se moquer de lui.

"Alors, quand ?"

"Nous allons tamiser la poudre, et quand elle sera sèche, nous la testerons. Je te montrerai."

"En la faisant exploser ?"

"C'est la troisième étape."

Gavroche évalua ses options, et décida que oui, cela valait probablement la peine d'apprendre les deux premières. C'était bien évidemment un piège, mais assez attirant pour tomber dedans.

***


La dernière mode, apparemment, était de mettre des boules humidifiées de poudre à canon dans une passoire faite de papier, dans laquelle roulaient des perles de bois. Elles écrasaiant la poudre qui, quand elle était assez sèche, passait à travers les trous du paper en grains exactement de la bonne taille.

Faire rouler les sphères, en attendant que de la poudre sorte de la boîte mystère, faisait quelque peu penser à un jeu pour enfants. Gavroche avait assuré être trop vieux pour ça.

Un jeu pour enfants, à part que, en théorie, c'était le point où la poudre devenait utlisable.

Quand le bol de Bossuet fut envai par une flamme claire, haute et aggressive, cela devint soudainement beaucoup moins théorique.

"Que s'est-il passé ?" demanda-t-il, après avoir trempé sa manche dans un des seaux d'eau. Cela avait été une très jolie manche. Celle qui restait en devenait d'autant plus précieuse, pouvait-on argumenter, en tant que seule de son espèce.

Combeferre était toujours prêt à fournir des explications pour tout et n'importe quoi, même si dans ce cas précis c'était un peu moins abstrait et un peu plus lié à ses responsabités qu'il aurait voulu. "Je suppose qu'il restait des étincelles. J'ai éteint le feu, mais il reste des braises. Il est absolument impossible de mettre ses étapes en parallèle."

"Absolument." clama Bahorel. "Qu'est-ce que je vous ai raconté à propos des cigarettes volées ? Même à une centaine de mètres, il y a des accidents."

Il ne dit pas Je te l'avais bien dit. Pas exactement. Mais ce n'était pas loin.

Après cet incident, cela ressemblait toujours à un jeu pour les enfants, excepté la partie où les participants regardaient leur jouet comme s'il allait les brûler sauvagement, et pas juste pour de rire.

Ils ne pouvaient même pas aller fumer dans la rue pour se détendre. Pas tant que la fenêtre était ouverte, et avec toute cette fumée accumulée, c'était une nécessité.

"Une centaine de mètres !" menaça Bahorel, joueur. "Un peu de malchance, et ces choses arrivent !"

"Vous voyez la poudrière de Grenelle qui a explosé en 1794 ?" remarqua Coufeyrac.

"Oh oui." soupira Jehan. "La première catastrophe naturelle qui ne devait rien à la nature, mais à sa fille et ennemie l'industrie."

"Eh bien, j'avais toujours pensé que c'était un sabotage, pas un accident. Maintenant, je ne suis plus tellement sûr."

"Un sabotage par qui ?" demanda Joly.

"Probablement les Prussiens. Je ne sais pas. Même quand je pensais que ce n'était pas un accident, je n'en avais aucune idée."

"Cela aurait pu être n'importe qui !" remarqua Feuilly. "L'Angleterre, l'Espagne, même la Russie."

"Cela aurait pu être des Jacobins contrariés par le 9 Thermidor," suggéra joyeusement Grantaire. Ses amis tentèrent de ne pas répondre avec des regards noirs, parce que c'était très probablement ce qu'il attendait. Enjolras et Feuilly échouèrent de façon plutôt remarquable.

Grantaire se tourna vers Feuilly, pas certain d'être assez assuré pour regarder Enjolras. "Et pourquoi cela ne pourrait-il pas être une protestation ? Peut-être respecteraient-ils trop la vie, et... en réalité, non."

"Existe-t-il une théorie sur les regards enflammés qui font exploser la poudre à canon ?" plaisanta Bossuet. "Dans ce cas, ce serait le meilleur moment pour faire une expérience."

Il y eut des rires. Il y eut aussi quelques regards apeurés dirigés vers la poudre à canon, car on ne pouvait jamais être totalement sûr, si ?



Cette entrée a été crosspostée au http://flo-nelja.dreamwidth.org/440346.html. Commentez où vous voulez.
Tags: *fic, défi:les mis anonymous kink meme, fandom:les misérables, genre:gen, genre:humour
Subscribe

  • Femslash February Ask Game

    Taken from skyleree on tumblr 001 send me a female character and i’ll respond with: my favorite wlw/femslash ships of hers my femslash otp of hers…

  • Ship dynamics

    I can't draw but I wanted to do the "ship dynamics you love" meme ^^ * Would-be betrayer/victim more lovable than planned Tomoe/Kenshin…

  • Fandom snowflake - Day 12

    In your own space, resurrect an old meme. Have fun with it! Which is the goofiest meme you can think of? Put on your party hat and be silly!! OK,…

  • Post a new comment

    Error

    default userpic

    Your reply will be screened

    When you submit the form an invisible reCAPTCHA check will be performed.
    You must follow the Privacy Policy and Google Terms of use.
  • 5 comments