Les divagations de Nelja (flo_nelja) wrote,
Les divagations de Nelja
flo_nelja

Lectures de février


"Ariane", par Thomas Corneille
Théâtre, environ 60 pages. En fouillant wikipedia sur les légendes grecques, sur quoi tombè-je ? Sur une pièce de théâtre sur Ariane, par le frère moins connu de Corneille ! Et dans le domaine public, bien sûr !
L'histoire : Ariane et Thésée se sont arrêtés à Naxos, après qu'Ariane a trahi pour lui son père et son royaume. Le roi local est tombé fou amoureux d'Ariane, mais reste très poli. Phèdre a accompagné sa soeur, et malheureusement, elle et Thésée tombent amoureux. Thésée n'a pas le courage de faire la chose honnête, à savoir plaquer Ariane (même si Phèdre refuse de faire quoi que ce soit tant que ce n'est pas clair de ce côté), il fait croire qu'il attend son meilleur ami Pirithoüs avant de célébrer le mariage quand en fait il essaie de gagner du temps. Il essaie même de demander à Pirithoüs de faire l'intérmédiaire et de plaquer Ariane pour lui. Finalement, il s'y résout, et essaie de convaincre Ariane d'accepter les avances du roi. [SPOILERS pour ceux qui ne liront jamais la pièce, mais aiment connaître les variations existantes sur les mythes] Elle accepte en apparence, mais en fait, c'est juste pour que Thésée révèle l'identité de sa nouvelle copine, qu'elle a l'intention de tuer pour se venger. Elle le mentionne à Phèdre, laquelle ne sait plus quoi faire, et accepte l'idée de Thésée de s'enfuir ensemble. Quand Ariane le découvre, folle de rage, elle demande au roi local, s'il l'aime vraiment, de lui offrir son bateau le plus rapide pour pouvoir aller assassiner sa soeur. Il hésite pendant assez longtemps pour qu'elle se jette sur une épée à la place.
Vous savez quoi ? Bien sûr, c'est de la tragédie, mais c'est aussi totalement du triangle amoureux entre ados un peu bêtes. ^^
Alors. Le problème avec cette version est que je n'arrive pas à avoir de la sympathie pour les personnages. Thésée, c'est normal. Il n'a pas le beau rôle dans cette histoire. Oh, c'est totalement compréhensible, le côté elle est jolie, elle m'a sauvé la vie, je vais lui dire que je l'aime, ça viendra bien, argh, non. Ce n'est pas ça que je lui reproche, mais de lui mentir si longtemps, même après.
Ariane... j'ai beaucoup plus de sympathie pour elle, même si elle a toutes les excès de la romance adolescente, et qu'on ne peut pas exiger l'amour en reconnaissance. Ce qui m'ennuie chez elle, c'est son côté aveugle. Bien sûr, Thésée ne l'a pas jetée ouvertement, mais à son comportement c'est évident, et elle se voile la face et elle lui trouve des excuses. Ceci dit j'admets qu'elle ne pouvait pas deviner qu'il ne l'avait jamais aimée. Le fait qu'il ne l'aime plus aurait déjà été assez cruel, et je comprends ses excès en apprenant les détails. Je suis ambiguë par rapport à son pétage de cable à la fin - c'est classe, mais ça ne lui va pas, je trouve.
Phèdre... Phèdre est dissimulatrice, c'est son principal défaut, c'est aussi sa tragédie. Thésée, Ariane, le roi, ont des confidents. Phèdre est entièrement seule, loin de chez elle, avec son secret et sa culpabilité.
Le roi de Naxos est clairement le perso le plus décent de l'histoire, mais il est fade (clairement, ce n'est pas une version humaine de Dionysos ^^). Pirithoüs joue un rôle de confident, n'a aucune personnalité et même pas de HoYay.
Les vers sont globalement tout a fait décents, mais ceux de la toute fin sont étonnamment fades. Très mauvaise fin, pour un passage qui aurait pu être puissant.
Alors, qu'est-ce que j'aime dans cette pièce ? La relation complexe entre Ariane et Phèdre, clairement. Elles s'adorent, et pourtant leur relation est loin d'être parfaite, elles se font du mal, Ariane néglige Phèdre qui lui a tout sacrifié comme elle-même a tout sacrifié à Thésée et ne fait pas attention à ses sentiments, Phèdre cache à sa soeur l'infidélité de son petit ami trop longtemps, mais juste parce qu'elle voulait qu'il lui dise, et à la fin, elle part parce qu'Ariane vient de la menacer d'un meurtre sanglant (sans savoir que c'est elle) mais elle a beaucoup plus de remords que Thésée malgré tout.
Il y a des morceaux de dialogues sur leurs incompréhensions, qui sont très cruels, pour Phèdre (quand Ariane lui dit négligemment qu'elle n'aime personne, donc elle ne peut pas comprendre), pour Ariane (quand sa confidente soulève la possibilité de Phèdre et Thésée, elle est là "j'aurais préféré qu'il courtise ma soeur, au moins elle me l'aurait dit tout de suite !"), voire pour les deux, quand Ariane explique à Phèdre dans les détails comment elle tuera la nouvelle petite amie de Thésée... j'ai adoré ces passages.



"Grimalkin et l'Epouvanteur", par Joseph Delaney
Roman d'horreur pour la jeunesse, environ 320 pages, c'est le tome 9, et on change de point de vue ! Et à partir de là, je crois que je vais tout spoiler, pas le tome mais le reste de la série, donc pour ceux qui ne suivent pas ce n'est pas la peine. :-)
Alors ! On suit donc Grimalkin, alliée des héros depuis le tome précédent. Elle n'est pas devenue gentille pour autant, non, elle a toujours le côté ultra-violente quoique principalement honorable. Ses principes restent quelque chose de compliqué, ses actions restent quelque chose avec quoi on n'est pas forcé d'être d'accord... mais en fait, elle est tellement badass qu'on se laisse emporter. Et si c'était écrit différemment, ça donnerait une impression de OOC, de toute façon.
Bien sûr, L'épouvanteur, qui en temps normal et déjà vachement bien niveau rôle des femmes (surtout pour une série dont les deux personnages principaux sont des hommes) réussit à être encore mieux à ce niveau, à passer le test de Bechdel à tous les chapitres à donner une collection de personnages féminins - principalement des sorcières, bien sûr - fortes, intéressantes et très différentes. J'adore Thorne, Agnès est plus développée qu'elle ne l'a jamais été, et bien sûr, Alice est awesome.
Le scénario, lui, était un peu linéaire. Et, vu le point où en est déjà Grimalkin, il n'y a pas le thème de la corruption et de la tentation qui sous-tend le reste de la série. Mais j'ai quand même été surprise plusieurs fois, à la fin. J'ai encore plus hâte de savoir la suite, maintenant !



"Among Others", par Jo Walton
Roman, environ 300 pages, reçu pour mon anniversaire. C'est un roman sous forme de journal intime sur une héroïne dont la mère est folle, la soeur morte, qui a une jambe abîmée, est envoyée en internat où elle n'a pas d'amies, et qui adore plus que tout lire des livres de fantasy et de sf - sur lesquels elle donne ses opinions absolument péremptoires. Aussi, sa mère est une sorcière, elle parle aux fées, et elle a sauvé le monde, mais aucun humain ne le sait. La partie réaliste et la partie surnaturelle sont tissées d'un bloc, pas mises en opposition. J'aime ce genre de situation. :-)
En fait, la partie sans surnaturel est tellement réaliste que je me suis demandé si ce n'était pas autobiographique. Et en fait, oui, beaucoup de ces choses sont arrivées à l'auteur. Sauf la magie qui est, en quelque sorte, une tentative de mettre du sens dans une adolescence à problèmes.
Il est possible, comment souvent, d'interpréter comme toute la partie magique n'est pas vraie, maladie mentale héréditaire, etc. Et la partie romance probablement avec. Mais justement, ce qui est bien, c'est qu'il y a aussi de nombreux intermédiaires - même si on accepte la magie, une bonne partie de ce qu'elle voit pourrait être des illusions magiques créées par sa mère. La magie elle-même est totalement coïncidentale, et pourtant très puissante, une combinaison que j'ai rarement vue et qui rend bien, donc je préfère autant ne pas choisir la version où ce n'est pas vrai du tout. J'aime beaucooup tout ce qui concerne les interrogations éthiques sur son utilisation, et aussi toutes les comparaisons avec différents (autres) systèmes de magie de fiction, et avec plusieurs autres notion de la vraie vie.
Les fairies sont bien rendues, mais pas spécialement originales ou charismatiques.
Bien que je sois une grande lectrice, je ne me suis pas beaucoup identifiée à l'héroïne, mais ça ne pose pas autant de problèmes qu'on avait pu me dire, et ça ne me dérange pas de ne presque rien comprendre à ses opinions sur la sf des années 70.
La façon de voir la sexualité de l'héroïne, influencée en grande partie par ses lectures, a quelque chose de mignon et de cool à la fois, même s'il y a un passage que tout le monde trouvera creepy, je pense.
Comme je dis, au total, malgré la magie, c'est en grande partie un bouquin réaliste sur l'adolescence, ce qui fait qu'un des quelques moments où l'héroïne m'a énervée est celui où elle bashe les bouquins réalistes sur l'adolescence. Mais peut-être que l'auteur est ironique exprès ?
Mais globalement, c'était charmant, intéressant, et tout à fait le genre de livres qui me plaisent !



"Chroniques martiennes", par Ray Bradbury
Environ 250 pages, roman constitué d'une série de nouvelles dans la même continuité (conquête de Mars, début du 21e siècle), recommandé par ma soeur, un de mes meilleurs amis, et basiquement beaucoup de monde.
J'avais toujours eu peur de le lire, parce que je craignais que, vu le sujet, ce soit déprimant. Mais bon, il y a des moments où il faut bien améliorer sa culture sur les classiques de la sf...
Mais Ray Bradbury est magique, et réussit, même quand il introduit de nombreux éléments dystopiques et des quasi-génocides, à donner une impression de poésie et de beauté qui fait qu'on réagit par des larmes libératrices plutôt que par l'horreur que j'éprouve d'habitude avec ce genre de scénarios. Bah je vais me contenter de faire suivre la recommandation.



"Piège aux enfers", par Richard Normandon
Environ 150 pages, le tome 2 de "La conspiration des dieux" que j'avais commencé le mois dernier. Sur plusieurs points, c'est mieux que ce que j'attendais. Le sacrifice de Phaeton a des conséquences à long terme. Même s'il reste un des deux personnages principaux, on a un nouveau personnage/narrateur qui est une fille, Iris, et a de nombreuses relations intéressantes avec d'autres personnages féminins. Pas le meilleur perso du monde, mais mieux que ce que j'attendais.
On voit beaucoup moins les dieux les plus connus que dans le tome précédent, en particulier l'absence d'Athéna devient de plus en plus notable. J'admets être biaisée, mais c'est un de mes plus gros problèmes avec cette série. ^^
Contrairement au précédent, c'est plus une histoire d'aventure que d'enquête, et c'est pour ça que le twist à la fin m'a bien plus surprise. C'est bien monté, assez démoniaque, même. L'imagerie n'est pas très complexe, mais elle est frappante aussi. Il y a aussi de vrais changements dans l'univers, ce qui me donne envie de savoir la suite - mais en même temps, je remarque que c'est de moins en moins sur la mythologie grecque.



Progression : 11/52
"Risques de lecture" : Among others, Chroniques martiennes -> 5/26

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Tags: comm:50bookchallenge, fandom:l'épouvanteur, fandom:mythologie grecque
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