Les divagations de Nelja (flo_nelja) wrote,
Les divagations de Nelja
flo_nelja

Lectures de décembre


"Les Possédés", par Fiodor Dostoievski
Roman, environ 700 pages, lu parce que, voilà, "Les Frères Karamazov" était awesome. Celui-là est grandiose aussi, mais je l'aime plutôt moins, principalement parce que les personnages me sont moins sympathiques.
Il est difficile de trouver par où commencer pour dire de quoi cela parle. Mais c'est principalement un roman sur le socialisme, et pour être plus précis, un roman anti-socialisme. Les passages sur les dangers du socialisme sont prophétiques de façon impressionnante, puisque, vous savez, ça a été écrit au 19e siècle mais le foreshadowing sur l'URSS réussit à être totalement là quand même. En plus des dangers du socialisme, il y a un aspect plus humoristique, une satire de l'auto-satisfaction de ce genre de groupe, et des réunions "démocratiques" où personne ne prend aucune décision, qui est très bien vue.
Par contre, dans son attaque du socialisme, Dostoievski a parfois du bashing collatéral qui peut faire bizarre de nos jours, par exemple de l'athéisme (ce n'est pas surprenant, c'est Dostoievski - le fait de savoir si les persos ont un arc de rédemption est à peu près lié à s'ils finissent par reconnaître Dieu), du féminisme (la féministe selon Dostoievski demande comme droit numéro un de tromper son mari sans se faire disputer), des conservateurs modérés qui laissent tranquilles les socialistes (what?) et même, une fois, des gens qui soutiennent l'abolition du servage (what what what?). ^^
La structure est bien faite, avec du suspense, des petits détails qui se recollent, des grandes scènes pleines de conflit et de grandes déclarations auxquelles on ne comprend rien au début avant d'apprendre le background des personnages, et alors, oh oui, c'était très fin.
Les personnages ne sont pas définis par leur psychologie mais pas leurs idées, et leur dévotion à leurs idées, ce qui fait qu'il est facile de dire qu'ils sont tous déséquilibrés - pas seulement les socialistes - mais Dostoievski fait très bien cela, et cela en devient assez fascinant d'un point de vue symbolique. Aussi, cela justifie la traduction du titre par "Les Possédés", même si apparemment "Les Démons" est plus proche du sens d'origine.
Le personnage central est Nikolaï Stavroguine, qui a tellement de charisme que toutes les femmes sont folles de lui et la moitié des hommes décident de consacrer leur vie aux idées qu'il énonce sans y croire vraiment (j'exagère à peine ^^). Et il ne fait rien avec, parce qu'il n'a même pas de sens à sa vie, même s'il cherche beaucoup. Cela pourrait être très énervant, sauf que là aussi Dostoievski est bon et réussit à faire passer au lecteur une partie de la fascination qu'il exerce sur les autres personnages. Il en est donc plutôt au stade modérément énervant et seulement par moments et classe quand même, ce qui est mieux.
L'autre personnage central est Piotr Verkhovenski, qui est un vrai connard et un excellent manipulateur, qui veut utiliser le mouvement socialiste pour obtenir le pouvoir pour lui même s'il n'en croit pas la moitié du premier mot. Et il y arrive d'ailleurs très bien, et la principale source de son insatisfaction est qu'il a un énorme crush sur Stavroguine - si j'aimais plus les persos je les shipperais beaucoup il n'arrive pas à convaincre Stravroguine d'utiliser son charisme remarquable pour devenir maître de la Russie avec lui. En attendant, il s'attelle à détruire la structure sociale du pays, ce qui va de ruiner les fêtes des nobles à l'incendie et au meurtre.
Mais comme je le disais plus haut, aucune des deux ne fait partie de mes préférés, et j'aime plus Stepan (le père de Piotr, qui s'est mal occupé de lui et est cause d'une partie de ses problèmes, mais qui à côté de ça est le genre de vieil intello louzeur sans sens des réalités que j'aime), Lisa (qui, de mon point de vue, est assez sous-exploitée) et Kirilov (dont le concept est qu'il veut se suicider pour devenir Dieu - it makes sense in context).



"Johannes Cabal the Detective", par Jonathan L. Howard
Roman, environ 400 pages (n fait, 350 pages d'une histoire principale, et 50 pages avec une nouvelle bonus)
Alors, la bonne nouvelle, c'est que Johannes Cabal est revenu, avec tout son mépris pour l'humanité, son sarcasme intérieur ou pas, et sa motivation de tenter n'importe quoi pour la science nécromantique ! Oh, il fait même un peu plus de nécromancie que dans le premier tome. Et le fait qu'il ait récupéré son âme - et sa conscience morale avec - le change très peu. Moins "oh mon dieu qu'est-ce que j'ai fait ?" que "pourquoi ces choses nécessaires me semblent-elles déplaisantes maintenant ? C'est nul, d'avoir une conscience." Je le trouve toujours aussi cool en tant que personnage.
La mauvaise nouvelle, c'est qu'au lieu d'être dans un scénario original et crack comme dans le tome 1 - arnaque pyramidale pour le compte du diable, foire démoniaque à faire marcher et, horreur, obligation de nouer des relations sociales - Johannes se retrouve dans le tome 2 juste à trouver la solution d'une affaire de meurtre, avec un peu de politique rajoutée sur le tout. Genre, le scénario qui arrive à tout le monde. C'est un peu décevant. Oh, dans les 50 dernières pages, il sauve le monde, aussi. Elles étaient très fun, d'ailleurs, avec un petit changement de point de vue qui n'irait pas sur le long terme (la voix de Johannes est trop amusante pour cela) mais c'est intéressant de voir l'effet qu'il fait de l'extérieur.
Mais c'était toujours une lecture agréable. Je lirai probablement le tome 3.



"Les loups", par Sylvie Folmer
Recueil de contes, environ 280 pages, offert pour mon anniversaire par [profile] heera_ookami.
La collection est "La bibliothèque de contes d'Henri Gougaud", et de fait, l'auteur utilise la même façon que lui de réécrire les contes, de façon poétique et concise. Elle y arrive un peu moins bien, mais Gougaud est une référence pour moi, et c'était très agréable à lire quand même. Il est difficile, dans ces cas-là, quand on couine sur une histoire, de savoir si elle est très bonne ou juste très bien racontée. :-) Mais je dirais que globalement le choix est bon. Peut-être un peu trop d'histoires françaises, un peu de biais, pas tout à fait assez de variété dans les origines ? Ou nous avons juste les meilleurs loups-garous ? :-)
Je dis loups-garous, ils ne recouvrent que le premier quart du livre - sur les métamorphoses. Le second quart sur les histoires d'horreur, le troisième sur les histoire d'humour - pensez Ysengrin, le loup est souvent le dindon de la farce - et le quatrième sur des histoires d'amitié entre humains et loups.
Quelques histoires qui m'ont marquée ?
La première, "La rissole du loup". Cool, une histoire joyeuse de Noël, ça va bien finir, et... aaaah, non, pas ce twist-là !!
"La Loba". Ca commence comme la description d'une petite vieille qui aime ramasser les ossements, surtout ceux de loups, et puis... quoi, qui vient de lancer resurrection, tu es quoi exactement ?
"Les Chiens de Dieu". Pour ceux qui ont lu The Graveyard Book : Mrs Lupescu ! Je l'ai reconnue, il y a le récit de son peuple ici !
"Bisclavret". OK, le réécrire de façon à ce que la femme du chevalier ne l'ait jamais aimé... ça la rend plus cohérente, mais c'est aussi un peu du bashing, mais... quoi, d'où vient tout ce subtext slash rajouté avec le roi ? ^^
"La louve noire". C'est très bizarre, avec le héros qui se fait avaler par une louve, et il y a tout un monde à l'intérieur de son ventre.
L'origine de Gengis Khan. OK, Gengis Khan descend d'un loup (je le sais par les contes), et plus de 1% de l'humanité descend de Gengis Khan (je le sais par la science). La combinaison des deux est assez awesome.
"Le frère de Manapus". Wow, comme le héros est slashy avec son meilleur ami loup ! C'est... quelque peu traumatisant. ^^



"Contes traditionnels de Russie", par Bertrand Solet
Livre de contes, environ 180 pages, lu avant de l'offrir à [profile] so_yuyu pour vérifier que c'était bien. Rien à dire, c'est ce qui est vendu sur la couverture. En plus des contes d'animaux, des contes merveilleux et des contes comiques, il y a quelques récits historiques passés dans le mythe, quelques bylines, quelques contes merveilleux littéraires, c'est un peu plus large que d'avoir juste une autre sélection de contes d'Afanassiev et de Pouchkine, et ça faisait donc quelques histoires que je ne connaissais pas sur le lot, et qui pourtant me semblent bien représentatives. Yeah !



"Suites et fins", par Jean-Loup Chiflet
Recueil de pastiches, environ 120 pages.
Apparemment, l'auteur a été dégouté par le principe de faire une "suite officielle" à Autant en emporte le vent, et a décidé de faire des fics crack, les plus mauvaises possibles, à des classiques de la littérature. Aussi, avant, il met un résumé léger et un peu drôle pour nous les spoiler rappeler si on ne les connaît pas.
Mon père a adoré, je suis un peu déçue. Au début c'est très drôle, dans le genre iconoclaste. Mais ça se répète. A la fin, on découvre que la plus grande partie des fausses fins consistent en soit des personnages qui montent une grande entreprise à succès (qui, dans certains cas, est encore énorme de nos jours), soit se découvrent des perversions sexuelles originales. Parfois, cela se finit en crossover (M. de Renal se console avec M. Bovary, par exemple). Peut-être que c'est ce qui arrive dans la "suite officielle" contre laquelle il fulmine au début ? Si oui, ce serait justifié. Mais voilà, cela manque de variété dans les clichés dont il se moque. Il y en a quelques-uns qui sortent du lot, où on a l'impression que c'est spécifique à une oeuvre donnée. Mais le plus souvent, au lieu de s'amuser avec les clichés de l'oeuvre, il s'amuse seulement avec les clichés des mauvaises réécritures (en a-t-il lu tant que ça ?) et c'est dommage.



"Naamah's Kiss", par Jacqueline Carey
Roman, environ 780 pages.
Après avoir affirmé que je ne lisais pas cette série que pour le sexe bdsm mais aussi pour les réécritures mythologiques, je me suis dit que ce serait bien si je lisais les tomes 7 à 9, où il n'y a pas de bdsm dans le sexe, mais où il y a aussi des réécritures mythologiques. Surtout après avoir appris que le 9 se passait dans un équivalent fantasy de l'Amérique précolombienne. Mais bon, là, je n'ai lu que le 7, où on découvre un équivalent fantasy de la Chine. C'est bien aussi ! Je l'ai lu très vite !
Moirin, l'héroïne, fait partie des Maghuinn Dhonn - le peuple qui servait de méchants dans le tome 5 et qui ressemblait vraiment beaucoup à des faëries celtes. Depuis, ils ont perdu le pouvoir de métamorphose, mais on passe quand même de héros d'Angelins (qui sont très nuls en magie sauf pour les dons précis des anges) à une héroïne qui fait de la magie de dissimulation depuis qu'elle a cinq ans. Cela change pas mal l'esprit. Surtout quand elle débarque en Terre d'Ange, et qu'on retrouve ce qu'on connaît avec un changement de points de vue.
Même si bon, elle s'adapte vite. Son père est d'Angelin, et apparemment, même si elle a choisi les dieux de sa mère, ceux de Terre d'Ange ont des plans pour elle. Là, elle part à la cour royale, découvre le luxe, participe à des triangles amoureux, quelques magouilles, fait beaucoup de sexe, tombe vaguement amoureuse de plusieurs personnes (Terre d'Ange n'a pas changé), aide une organisation secrète à invoquer des démons...
Wait what ? ^^ OK, si, Terre d'Ange a changé.
J'aime ce qu'ils font avec la magie, ceci dit ! Donc ça ne me dérange absolument pas qu'il y en ait plus, et ça s'applique aussi bien à la magie féérique celte qu'aux invocations de démons ou aux dragons chinois ! Et c'est rare, de voir un univers de fantasy évoluer comme ça, aller vers plus de magie plutôt que moins ! Ca change l'esprit, je comprends que ça en gêne certains, mais pas moi.
Ce qui me dérange plus, c'est la structure du livre. La première moitié en terre d'Ange et la seconde à Ch'in sont pratiquement indépendantes, avec trop peu de fils qui les relient. On a l'impression que le début n'est qu'une façon de préparer un scénario global plus important, et c'est la moitié du livre ! Le fait que l'héroïne ne sache jamais où elle aille, qu'elle suivre juste une destinée dont ses dieux lui gardent la plus grande partie secrète... on est censés empathiser, mais honnêtement, cela fait surtout facilité de scénario. Elle a de la volonté pour les points mineurs, mais ne contrôle absolument rien de ce qui lui arrive globalement. C'est dommage, je pourrais vraiment l'aimer, sinon. Accessoirement, je ne tiens vraiment pas à ce qui nous est présenté comme sa romance principale. Elle me semble forcée. Je préfère pratiquement toutes les autres.
Sinon, j'aime le père et la mère de l'héroïne, j'aime le vieux maître chinois, j'aime la princesse chinoise et le dragon... j'aime les différences culturelles, l'héroïne qui est choquée par le bouddhisme mais où on sent que l'auteur ne bashe pas... et je remercie John Green pour l'épisode sur la Chine de "Crash Course in World History", j'ai compris beaucoup de choses grâce à lui. ^^
Niveau différence culturelle, j'aime aussi les points de vue externes qu'elle a au début sur des choses qui lui sont étrangères comme par exemple vivre dans une maison, ou la lecture. Elle fait vraiment faërie, à ce moment, malgré une personnalité très humaine.
Ce que je n'aime pas : dans les deux premières trilogies, la connaissance était principalement présentée comme bonne. Joscelin était d'une famille qui servait Shemhazai, après tout. Ce tome-là ce centre principalement sur les abus, et peut apparaître comme anti-progrès, que ce soit sur la magie (les invocations de démons) ou la science (la poudre à canon). Je ne sais pas si c'est juste le premier tome ou si c'est un thème de la trilogie. Sinon, ça risque de m'ennuyer. Surtout si cela semble, comme ici, être le point de vue de l'auteur, et pas juste celui de Moirin.



Progression : 76/52, et l'année est finie ! Même défi pour la prochaine !

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Tags: comm:50bookchallenge, fandom:contes, fandom:contes russes, fandom:johannes cabal, fandom:kushiel saga
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