Les divagations de Nelja (flo_nelja) wrote,
Les divagations de Nelja
flo_nelja

Contes (mes traumatismes d'enfance) - encore un

Un conte que j'avais lu quand j'étais petite, qui fait partie de ceux qui m'ont traumatisée (quoique pas tout à fait autant que les deux précédents), et que je viens de retrouver très récemment, dans un livre de contes que j'avais acheté sur une brocante sans même savoir que c'était celui-là (je savais juste que je l'avais déjà lu) : "L'oiseau du grenadier", de Rabah Belamri.



Hind, une jeune princesse, vivait au palais de son père. Elle s'ennuyait beaucoup, car elle ne pouvait aller se promener librement comme les filles de son âge. Un jour qu'elle était à sa fenêtre, elle entendit les appels d'un colporteur.
- Je vends le malheur. Qui veut acheter le malheur pour une mesure de semoule ?
La princesse dit à la servante.
- Vite, prends une mesure de semoule et va trouver le colporteur qui est devant le palais. Il vend le malheur. Achète-le moi; je veux savoir comme il est fait.
- Maîtresse, n'achète pas le malheur. Le malheur, c'est la peine et la douleur, et tu risques d'en souffrir beaucoup.
- Fais ce que je t'ordonne, sinon je te ferai battre comme une chienne.

La servante n'ajouta pas un mot. Elle donna une mesure de semoule au colporteur. Elle reçut en échange un petit oeuf qu'elle porta à sa maîtresse. En le voyant la princesse dit :
- Mais ce n'est qu'un oeuf d'oiseau ! Il ne doit pas être bien terrible le malheur que j'ai acheté !
- Le malheur est dedans, maîtresse. Jette cet oeuf avant qu'il ne soit trop tard.
Hind chassa la servante et enferma le petit oeuf dans son coffre à linge.


Oui, l'héroïne est antipathique. C'est clairement fait exprès. ^^ Je la plains quand même, plus tard.

Le lendemain, en ouvrant le coffre, la princesse s'étonna : le petit oeuf avait grossi au point de doubler de volume. Il continua à grossir et, au bout d'une semaine, il devint aussi volumineux qu'un oeuf de dinde. Un jour, pendant que Hind le regardait, la coque se fendit et il en sortit un serpent mince et long. La princesse, effrayée, voulut appeler au secours, mais le serpent, agile, s'enroula autour de son cou.
- Si tu cries, je t'étrangle. Je suis le malheur que tu as acheté pour une mesure de semoule. Tu dois me servir jusqu'à ta mort, car je suis ton maître
- Ne me tue pas, serpent, je ferai ce que tu désires.

Hind accepta de garder le serpent dans sa chambre. Le jour, elle le cachait dans le coffre à linge, mais la nuit, elle le recevait dans son lit. Elle lui apportait toutes les nourritures qu'il demandait. Au bout de quelque temps, il devint si gros qu'il n'avait plus assez de place dans le coffre. Hind s'inquiéta :
- Je ne sais plus où te cacher, dit-elle au serpent. Les gens du palais vont te découvrir et mon père, que dira-t-il de moi ?
- Ne crains rien, répondit le serpent. J'irai passer mes journées dans les jardins du palais et, le soir, je reviendrai dormir avec toi, car n'oublie pas que tu m'as acheté pour une mesure de semoule.


Quand j'étais petite, je ne voyais pas le subtext sexuel. Oui, j'étais vraiment petite, et innocente, et tout ça.

Et c'est ainsi que les choses se déroulèrent : le serpent partait le matin et, le soir, il rentrait par la fenêtre rejoindre la princesse. Hind n'était pas rassurée. Elle avait de plus en plus peur du serpent. Pour le pousser à partir, elle inventa un mensonge :
- Mon père a décidé de me marier. Si on me découvre avec toi, je serai déshonorée.
- Ne crains rien. J'irai dans le grenier et tu viendras me retrouver pour dormir avec toi, car n'oublie pas que tu m'as acheté pour une mesure de semoule et que je suis ton maître.
La princesse ne pouvait rien contre le serpent et elle se soumettait à tous ses désirs. Dans la journée, chacun allait de son côté, mais quand venait la nuit, ils se retrouvaient dans le grenier pour dormir ensemble.
Les séjours de Hind au grenier firent parler les gens du palais et le roi se mit en colère. Il envoya les gardes chercher sa fille, mais Hind, effrayée, réussit à quitter le palais et à prendre la fuite.
Quand le serpent s'aperçut de l'absence de la princesse, il la poursuivit et la rattrapa dans la forêt. Ils avancèrent ensemble et, quand ils furent fatigués, ils firent halte sous les arbres. Comme il faisait très chaud, le serpent creusa un trou dans la terre pour trouver un peu de fraîcheur. Hind attendit un moment. Quand le serpent fut assoupi, elle se hâta de boucher le trou avec une grosse pierre. Puis elle partie en courant.

Le soir, la princesse, épuisée, arriva dans un village. Des habitants l'accueillirent. Elle mangea et se coucha sur la natte commune avec les enfants de la maison. Mais au matin, quand elle se réveilla, elle était entourée de morts : ses hôtes et leurs enfants gisaient sans vie. Elle s'interrogeait sur ce terrible malheur lorsque tout à coup, le serpent apparut devant elle :
- C'est moi qui ai piqué toutes ces personnes. Tu as voulu me fuir, mais je t'ai retrouvée. Je te suivrai partout, car n'oublie pas que tu m'as acheté pour une mesure de semoule.


[Alors, je ne recopie pas tout. Elle s'enfuit à nouveau, elle arrive dans un nouveau village très loin elle se fait engager comme domestique... mais nous sommes dans un conte de fées une histoire d'horreur, le serpent la retrouve, et quand elle refuse de lui ouvrir la fenêtre pour qu'il vienne dormir avec elle, il trouve une ouverture, et tue à nouveau tous les domestiques, et elle doit s'enfuir à nouveau. Une autre ville, après avoir couru des semaines et des semaines, traversé plusieurs pays. Elle se fait engager comme servante au palais royal, et tape très vite dans l'oeil du roi. Ils se marient, elle a un enfant.]

Le jour, à son réveil, Hind se retrouve la bouche barbouillée de sang. Elle se pencha sur le berceau, son enfant avait disparu et, à sa place, il ne restait qu'un de ses petits doigts. En vain, on fouilla le palais et la ville. Le roi, furieux, dit à la reine :
C'est sûrement toi qui as dévoré l'enfant ! N'essaie pas de nier : j'ai vu le sang sur ta bouche, maudite !


[Le roi lui pardonne sur le conseil de ses conseillers qui la croient innocente. Cela se répète avec le deuxième enfant, le troisième... et là, le roi n'écoute plus ses conseillers.]

Le roi ne tua pas Hind. Il l'enferma dans un profond cachot et, chaque soir, par une lucarne, il allait la regarder souffrir. Avant de repartir, il lui disait :
- Honte à toi, Hind, mangeuse de tes enfants !
Ces paroles avivaient la douleur de Hind.


[Plus tard, le serpent vient la narguer dans sa cellule. Il a trois petits enfants (vivants) serrés dans ses anneaux.]

- Regarde ces enfants, dit le serpent, ce sont tes propres enfants. C'est moi qui les ai volés pour te punir. J'ai coupé à chacun d'eux un petit doigt et je t'ai barbouillé la bouche de leur sang pour qu'on te croie responsable de leur disparition. Tu as beau essayer de me fuir, je serai toujours derrière toi, car n'oublie pas que tu m'as acheté pour une mesure de semoule.

C'est cette répétition, que tout est entièrement la faute de la princesse à la base, qui me traumatisait le plus, je crois.

[Et le lendemain, quand il revient pour la narguer en disant qu'il ne lui rendra jamais ses enfants parce qu'"elle n'a pas voulu de lui", un pan de mur lui tombe dessus et il meurt et tout finit bien, et le roi accepte de l'écouter maintenant que les enfants sont là (même s'ils n'ont plus de petit doigt).]

Quand j'étais petite, j'avais trouvé cette fin horriblement tirée par les cheveux, et ça avait beau bien finir, j'y croyais tellement peu que dans ma tête, ça aurait aussi bien pu mal finir.

En relisant adulte, j'ai réalisé quelque chose : si la fin heureuse arrive, c'est parce qu'entre les deux visites du serpent, Hind a beaucoup prié Dieu ! Bien sûr, comme c'est juste au détour d'une phrase, et que je n'ai pas été élevée dans un milieu religieux, et que le conte ne fait pas de remarque sur le lien de cause à effet... bah je ne l'avais même pas remarqué. J'ai déjà dit que j'étais petite ?

Maintenant, donc, la fin me semble plus "crédible" (selon les critères des contes), et donc le conte globalement me semble moins horrible, bien sûr. Ou peut-être égalité, si on tient compte du subtext sexuel en plus. ^^



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Tags: contes traumatisants, fandom:contes arabes
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