Les divagations de Nelja (flo_nelja) wrote,
Les divagations de Nelja
flo_nelja

Lectures de juillet partie 2


"Rusalka", par C.J. Cherryh
350 pages, roman de fantasy dans le monde de la mythologie slave (oui, je suis à fond dedans, ces temps-ci). C'était chouette, les deux personnages principaux sont sympathiques, la tragédie familiale sur laquelle ils tombent (un vieux sorcier et sa fille rusalka - fantôme de noyée, donc) est intéressante et se dévoile au fur et à mesure. Surtout, j'adore la façon dont marche la magie, c'est vraiment très intéressant. C'est principalement une histoire de souhaits, ce que souhaitent les magiciens ont plus de chances de se réaliser - dans le cas de souhaits contradictoire, c'est le plus fort qui l'emporte, mais le hasard peut aussi trouver la façon tordue de faire que les deux soient compatibles (et qui ne plaira pas forcément à ceux qui ont souhaité en premier lieu). Accessoirement, c'est assez pesant sur les relations humaines, parce que des fois, c'est difficile de ne pas souhaiter que quelqu'un qu'on aime bien réagisse d'une façon ou d'une autre.
Sinon, pour les points négatifs, il y a des passages un peu répétitifs, et certains points de la fin m'ont semblé traités un peu rapidement. Aussi, je shippe les deux mecs principaux et la romance centrale est hétéro, mais c'était grillé depuis le début. Et les créatures surnaturelles slaves sont vraiment très éloignées des humains, ce qui d'un certain point de vue est cool, mais de l'autre fait qu'on n'a pas vraiment l'impression de leur ressentir une personnalité.



"Frankenstein", par Mary Shelley
Roman, environ 400 pages. Ca fait longtemps que je me disais qu'il faudrait que je le lise ! Et là ma mère en avait acheté une version parce que c'est mon grand-père qui avait dessiné la couverture, et je me suis dit que ce serait sympa.
Alors, bien qu'ayant baigné fans l'osmose culturelle dessus, je ne savais pas toute l'histoire, et il y a encore pas mal de points qui ont réussi à me surprendre (peut-être à ne pas lire, pour ceux qui comptent lire le bouquin un jour et ne sont pas encore spoilés). D'abord, Victor Frankenstein n'est pas un docteur du tout ! C'est un ado enthousiaste de la science, qui se trouve avoir des intuitions géniales. Pour moi, il représente tout autant l'irresponsabilité de la jeunesse que celle de la science ; prenez l'ado romantique tourmenté de base de la littérature de cette époque, et faites-en en plus un nerd achevé, avec un intérêt pour la science mais une faiblesse de jeunesse pour l'alchimie ; de cette description on peut peut-être déduire que je l'aime beaucoup, même s'il fait un beau lot de bêtises.
J'aime le monstre aussi, et j'aime bien la construction tragique, où on voudrait que les personnages ne se haïssent pas, jusqu'au bout, et bien sûr ils le font quand même, c'est inévitable qu'ils réagissent comme ça, avec leur histoire et leur personnalité et leurs moyens de raisonnements... Même le mec qui raconte comment il a recueilli leurs confidences, le héros un peu fade qui sert de framing device, je le trouve mignon, à sa façon (et je le slashe à sens unique avec Frankenstein).
Je n'ai pas trouvé les longueurs avec lesquelles on m'avait fait peur, sauf une seule fois, vers la fin, quand Frankenstein ne devine pas quelque chose d'évident. L'écriture est sympa, les idées sont devenues banales mais étaient originales à l'époque, et sont toujours bien traitées... enfin j'ai beaucoup aimé, voilà !



"Les fenêtres en poésie", anthologie présentée par Jean Delaite
Recueil de poèmes, environ 150 pages. C'est un thème assez surprenant ; au début on se dit que c'est très restreint, et puis on voit qu'il y a plein de poèmes dont le titre est "Fenêtre" ou assimilé et qui partent d'un paysage vu, ben, par une fenêtre pour partir dans une méditation dans un sens ou l'autre sans rapport avec le thème de base, et on se dit que si, c'est bien plus diversifié que ça. Une sélection de poèmes en général assez modernes, de divers pays, d'auteurs connus ou pas connus du tout (aucun poème vraiment classique, par contre). Bien sûr, comme d'habitude, tout ne marche pas vraiment sur moi, surtout avec un thème comme celui-là qui n'est pas un de mes préférés et où je lis surtout parce que j'aime la collection. Je dirais qu'il y en a environ un tiers qui me touchent. Et quelques-uns dont on ne voit que des extraits qui me donnent vraiment envie d'en lire plus, comme "Nocturnes de la fenêtre" de Garcia Lorca, "Les fenêtres" de Nazim Hikmet, ou "Volets tirés fendus" de René Char.
Juste un poème en échantillon, d'un auteur dont je n'avais jamais entendu parler, Robert Mallet.
L'oiseau n'avait pas vu la vitre / il volait en flèche si vite / qu'il mourut sur la transparence
Sois papillon, la nonchalance / te fera caresser de l'aile / la douceur des vitres mortelles
Je serai l'oiseau qui se tue / le verre en se brisant réveille / les dormeurs des maisons têtues
où s'empoussièrent les merveilles




"Les travailleurs de la mer", par Victor Hugo
Roman, dans la collection que j'ai achetée il ne fait que 200 pages environ, mais c'est dans une intégrale imprimée en double colonne, en vrai c'est beaucoup plus long ; dans ce tome, il y a aussi "L'homme qui rit" (♥) et "Quatrevingt-treize" (♥ ♥), et celui-là est le seul que je n'avais pas déjà lu. J'en avais juste entendu parler comme "celui où le héros se bat contre une pieuvre géante".
Bref. Par rapport aux autres romans de Victor Hugo que j'ai lu, je trouve qu'il y a encore plus de digressions sur des sujets variés que dans les autres, en moyenne. C'est normal. La mer ne se prête pas trop à la partie roman feuilleton. J'aime les digressions de Victor Hugo, que je ressens toujours comme "en faisant ma recherche, je suis tombée sur des anecdotes que j'ai trouvées trop cool, il faut absolument que je vous les raconte, dans les détails" ou bien "est-ce que la mer / l'humanité / n'importe quoi ne vous inspire pas de profondes réflexions philosophiques sur l'univers et Dieu ? Parce que moi oui". Je trouve ça vivant. Mais pour les gens qui n'aiment pas les digressions en question, celui-là sera très aride.
Le fil narratif est donc beaucoup plus simple que d'habitude. Un navire s'échoue dans des circonstances un peu tordues que je ne spoilerai pas. Un pêcheur un peu sauvage, Gilliatt, est fou amoureux de la fille de l'armateur, et part sauver au moins la machine pour les sauver de la ruine et obtenir la faveur de la jeune fille ; c'est une lutte épique et titanesque contre la mer, le vent, et les éléments en général (et, donc, une pieuvre géante, et Hugo est injuste avec les pieuvres, Science Marches On, etc). A la fin [SPOILER] il réussit à sauver la machine mais la fille en aime un autre ; il serait en droit de lui rappeler sa promesse et l'épouser mais refuse de l'utiliser, aide son mariage avec son rival puis se suicide par noyade, et la mer gagne quand même, à la fin [FIN SPOILER]
Ceci dit, j'ai beaucoup aimé, j'ai hurlé de rire au début (quand on explique toutes les raisons de mauvaise foi absolue pour lesquelles le personnage principal est un sorcier), m'a exaltée au milieu, et fait pleurer à la fin. Mais je suis fan de Victor Hugo, voilà. ^^



"Enchantement", par Orson Scott Card
Roman, environ 580 pages, que j'ai lu dans mon trip mythologie russe... C'est une réécriture de "La belle au bois dormant" : le héros, linguiste et athlète, dans une forêt d'Ukraine, tombe sur une jeune fille endormie protégée par un ours. Quand il l'embrasse après avoir vaincu l'ours, il se retrouve plus d'un millénaire dans le passé, à devoir protéger une vieille communauté slave contre la sorcière Baba Yaga, qui est tout à fait réelle.
Le scénario est bien construit, bien rythmé. J'aime assez comment sont écrites les différences culturelles entre la Russie du 9e et l'Amérique du 20e ; ce n'est pas fait pour expliquer qu'une des sociétés/religions/ est mieux que l'autre, et pareil pour la science et la magie. Le personnage principal devrait m'être sympathique, avec un mélange de forces et de faiblesses bien fait, réaliste par rapport à son éducation, même chose pour sa petite amie, et pourtant je les trouve un peu fades. Ce n'est pas un amour au premier regard comme j'avais craint au début. En fait, c'est plutôt le contraire, ils se tournent autour un peu trop longtemps à mon goût, même si c'est vaguement justifié. Il y a aussi quelques points qui m'ont un peu ennuyée, comme le traitement de l'ex du héros, et quelques piques assez gratuites contre des groupes que l'auteur n'aime pas, comme les féministes (d'ailleurs, l'auteur exprime assez clairement qu'il y a selon lui des différences fondamentales entre l'homme et la femme, même s'il ne pense pas que l'un est meilleur que l'autre).
Baba Yaga est odieuse, un peu caricaturale, mais justement, les quelques brefs passages qui lui sont consacrés entre les chapitres sont peut-être les plus fun du bouquin, qu'elle soit en train d'arracher les yeux de ses prisonniers vivants, ou de violer un ours (It Makes Sense In Context)



"Les étroits petits cochons", par Jean-Loup Craipeau, illustré par Muzo
11 pages, ou plutôt 11 pages-du-haut (avec illustration) et 11 pages-du-bas (idem) qui permettent de former 121 histoires illustrées, toutes réécritures des Trois Petits Cochons. J'adore ce genre de livres à choix multiples, d'illustrations ou de textes, mais c'est la première fois que je tombe sur une collection qui fait les deux à la fois.
Les histoires sont toutes différentes niveau histoire et gags, bien sûr, mais gardent toutes le même style d'humour assez potache. C'est effectivement amusant, mais on ne peut pas jouer sur les ruptures d'ambiance ; en même temps, cela fait que les histoires sont plus cohérentes. Pour la même raison je pense, la "vraie" histoire n'a pas été donnée en bonus pour la combiner avec les fins réécrites.



"Histoires de délires", dans la collection La Grande Anthologie du Fantastique, compilée par Jacques Goimard et Roland Stragliati
Environ 320 pages, un peu plus court, donc, que les autres recueils de nouvelles de la même collection que j'ai déjà lus. Certaines des histoires sont à fond dans la thématique, d'autres de façon plus détournée, et honnêtement, des fois, on a l'impression que le texte qui explique que c'en est un est un peu tiré par les cheveux ; que c'est juste du fantastique standard, où il y a une explication surnaturelle plus crédible que la folie, où on a juste ajouté un psy pas forcément compétent.
Mes préférées : "La chambre au papier jaune", un des seuls où la folie soit l'interprétation la plus plausible, mais de façon incroyablement bien faite, qui montre de façon assez frappante l'oppression des femmes par des hommes même bien intentionnés. "Lettres de province", "L'oeil et le doigt", et surtout "Froide pierre, calme pierre", des nouvelles brèves mais à l'imagerie frappante et traumatisante. "Qui sait ?" de Maupassant est toujours aussi bien et presque drôle, même si on comprend que le narrateur n'apprécie pas les meubles qui se barrent en pleine nuitsur leurs petites jambes. Et j'ai découvert qu'en fait j'aimais bien aussi "L'homme au sable" d'Hoffmann, qui ne m'avait pourtant pas laissé un excellent souvenir de jeunesse. Et l'idée centrale de "A la mémoire de Pauline" m'a beaucoup plu, même si les personnages m'énervent.



Progression : 47/52
"Risques de lecture" : Rusalka, Frankenstein, Les travailleurs de la mer, Enchantement -> 18/26

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Tags: comm:50bookchallenge, fandom:contes russes
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