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Fic - ladiesbingo - Lady of the Shard - Old God/Temple Girl - Les divagations de Nelja [entries|archive|friends|userinfo]
Les divagations de Nelja

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Fic - ladiesbingo - Lady of the Shard - Old God/Temple Girl [Oct. 15th, 2016|04:57 pm]
Les divagations de Nelja
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Titre : Le point où l'amour se brise
Auteur : [personal profile] flo_nelja
Fandom : Lady of the Shard (webcomic)
Couple : Old God/Temple Girl
Genre : Romance qui finit mal.
Résumé : Ce n'était pas la première fois qu'une divinité tombait amoureuse d'une de ses adoratrices. Le passé de la Déesse, quand elle était juste la fille du temple.
Rating : PG-13
Nombre de mots : ~4500
Notes : Ecrit pour le thème "Deities and followers" de [community profile] ladiesbingo. Avertissements pour rupture difficile, et beaucoup de morts anonymes.



Pendant des années et des siècles et des millénaires, elle a dormi à moitié.

Parce que les humains qu'elle a créés ne font même plus attention à elle, même quand elle décide de leur envoyer une petite épidémie, une éruption volcanique, ou une récolte miraculeuse. C'est tout pareil pour eux. Bien sûr, il serait possible de tous les détruire pour les remplacer par des autruches intelligentes, mais seraient-elles plus reconnaissantes ? Non. Certainement pas après le premier siècle, en tout cas.

Dormir est le mieux. Rêver d'être autre chose. Cela fait passer le temps.

Et puis une présence l'a réveillée.

Cela aurait du n'être rien pour elle, à peine perceptible, comme un chien qui s'abrite de la pluie ou quelques brigands qui préparent un plan meurtrier. Mais une présence répétée, devenu une habitude, pendant ses brefs moments d'insomnie, pendant ses rêves même, cela se remarque.

Elle se réveille entièrement, et prend la forme d'un chat. Pour la première fois depuis plus longtemps qu'elle peut se rappeler, elle reste éveillée volontairement. Même sous cette forme, elle ne sent ni le froid ni la faim. Ni même le sommeil, pour être honnête. Elle voudrait juste se rendormir, parce qu'elle déteste attendre. Elle n'a que cela, comme frustrations. L'ennui, et la solitude.

La fille du temple arrive enfin. Elle prie sans connaître son nom (quel était le nom sous lequel on l'adorait ? C'est déjà oublié). La jeune humaine apporte des offrandes, nettoie le temple, et reste longuement à genoux.

Elle l'a vue, elle a eu ce qu'elle voulait, et pourtant, elle reste encore.

Elle veut savoir si la fille revient. Et puis, elle en devient sûre, au fur des jours, alors elle veut juste la revoir.

Surtout, elle veut comprendre. Qu'est-ce qui pousse une humaine à revenir ici, sans avoir aucune réponse ni aucun privilège, encore et encore ?

Cela fait longtemps qu'elle n'avait pas ressenti de l'intérêt pour quelque chose.

Elle la suit, sous cette forme. Elle espère savoir ce que fait cette jeune femme en dehors de son temple. Elle ne peut pas l'entendre, écouter le son de sa voix parmi les humains, car elle les fuit, dormant dans des maisons abandonnées, si nombreuses depuis la dernière guerre. Elle entend parler d'elle, pourtant.

Et finalement, elle prend la forme d'une vieille humaine et s'approche de sa visiteuse, alors qu'elle se relève. Elle aurait pu venir avant. Mais elle a voulu écouter ses méditations.

"Oh. La légendaire fille du temple."

"On a vraiment commencé à m'appeler comme ça ?" Si elle se le demande, c'est qu'elle ne parle pas, elle ne parle à personne.

"Evidemment. Je te vois là tous les jours, non seulement laisser des offrandes, mais aussi nettoyer ce taudis. Pourquoi ?"

Si la fille du temple répond, elle saura si les visites la contrarient vraiment, ou juste de ne pas savoir. Elle pourra voir son propre sentiment embarrassant, peut-être même s'en débarrasser.

"Il faut que quelqu'un le fasse. Si les humains peuvent se sentir seuls, pourquoi pas les êtres divins ?
Ca et... le temple est un endroit spécial pour moi. Je n'ai nulle part ailleurs."

Elle a un instant envie de se révolter. Comment peut-on penser ça d'elle ? Même si c'est vrai ? Est-ce du mépris ? De la pitié ? Mais non, pas à en croire la tendresse dans ce regard quand il se porte sur l'autel...

"Tu dois te sentir seule aussi."

"Prier ici m'aide à l'oublier.
Mais que faites-vous ici ? Je pensais que c'était seulement moi..."

Ce n'est pas une question à laquelle elle est prête à répondre. Aussi, elle disparaît dans les airs, la laissant avec l'impression d'avoir rêvé.

Elle revient plus tard, sous l'apparence d'une petite fille. Cette fois, elle ne l'aborde pas au temple, mais quand elle en revient, traversant l'espace-temps pour être au devant d'elle.

"Fille du temple !" s'exclame-t-elle "Où est ta famille ?"

L'humaine semble hésiter, et répond "Ils sont morts."

"Tu ne blâmes pas le dieu du temple ?"

"Non."

"Mais tu crois en son pouvoir, pourtant ?"

Elle voudrait qu'elle montre son hypocrisie. Ce n'est pas une vraie adoratrice, elle ne la connaît même pas ! Un peu de blasphème, pour qu'elle puisse se facher, et cesser de ressentir que c'est nue humaine spéciale.

La fille du temple réfléchit. "Peut-être que quelque chose lui est arrivé. Elle n'a pas même le pouvoir de garder son temple plein de fidèles !"

"Ou peut-être que c'est ce qu'elle veut. Que ce soit juste toi."

La fille du temple rougit, avec un sourire éclatant, plein d'espoir. Oh, elle aimerait cela. Et elle sait qu'elle s'est fait prendre à ses propres questions piège.

Encore une fois, elle disparaît. Elle n'a pas à continuer une conversation qui lui apporte autre chose qu'une complète satisfaction.

Elle n'est pas habituée à ce que s'interrompre ne lui apporte pas une complète satisfaction non plus. Alors elle décide qu'elle va revenir sous une autre forme. Juste pour la regarder. Elle n'a pas à se laisser reconnaître.

"Est-ce que tu aimes les gens ?" demande-t-elle.

"Les gens en général ?"

"Les vivants, oui. Tu fais une différence entre eux ?"

La fille du temple réfléchit. "Je ne sais pas si je les aime." Puis elle la regarde dans les yeux. "Pas comme je t'aime, toi."

Elle panique un instant. "Tu ne sais pas qui je suis."

"Tu es un oiseau. Et tu me parles. Avec des idées que je n'entends pas pour la première fois. Je crois... j'espère que je sais qui tu es."

D'accord, elle est peut-être allée un peu trop loin avec les changements de forme. N'a-t-elle pas créé des espèces d'oiseaux qui parlent autrefois ? Vivent-ils dans cet endroit ? Est-il trop tard pour prétendre en être un ?

Mais non, ce n'est peut-être pas le moment.

"Dis-moi, alors." exige-t-elle. "Dis-moi qui je suis."

La fille du temple rougit encore. "Tu es l'Ancien Dieu du temple. Tu es celui que j'ai honoré, celui que j'ai prié pour être moins seule, et qui a exaucé ma prière. Je suis heureuse d'avoir pu te parler."

"Si les humains peuvent se sentir seuls, pourquoi pas les êtres divins ? Tu as dit ça."

"Et j'avais raison ?" demande-t-elle, les yeux baissés.

"He bien, qu'en penses-tu, fille du temple ?"

"Je pense que je déteste voir cet endroit si abandonné. C'est une honte."

"Tu as pitié de moi, alors ?"

"Je sais, cela doit être insultant, venant d'un humain.
Mais est-ce de la pitié ? Le temple et moi avons beaucoup en commun."

"Le temple ?"

"Ecoutez-moi. Qu'est-ce que je dis. Je devrais..." Elle se lève, les joues rougies. L'adoration dans son regard, l'espoir même, se sont transformés en honte.

Et elle aime jouer, mais pas comme ça, pas cette fois."

"Non. Reste, s'il te plait." Elle prend forme humaine, devant elle cette fois. Pour pouvoir lui tendre la main, la serrer très fort. "Avais-tu fini ? De me dire ce que je suis ?"

"Tu es le dieu que j'adore." dit la fille du temple très doucement. "Celui... celle que j'aime."

"Je t'aime aussi." répond-elle, et elle ne sait ce qui la surprend le plus, prononcer ces mots, ou les sentir signifier quelque chose.




Elles se retrouvent, encore et encore, tous les jours, de plus en plus longtemps. Elle prend diverses apparences, féminines à chaque fois. C'est ce avec quoi elle se sent le plus à l'aise. Depuis toujours, ou depuis la fille du temple ? Elle ne sait pas, et il y a mieux à faire que de se poser des questions. Même sur elle. C'est le travail des humains de toute façon, ou plutôt, cela l'était autrefois.

"A quoi ressembles-tu vraiment ?" lui demande la fille du temple. "S'il y a un vraiment, je veux dire ?"

Non, pas ce genre de questions-là.

Elle voudrait presque ne pas en avoir. Ou mentir à ce sujet. Ce serait si simple. Mais quelque chose en elle continue à lui faire remarquer l'évidence. Elle n'a jamais vu cela, elle ne t'aime pas vraiment. Autant que vous le compreniez toutes les deux tout de suite.

Elle pourrait remplir le ciel - et pas seulement celui de cette planète. Elle se limite à l'intérieur du temple, même si elle doit en altérer un peu la géométrie. Comme ça, personne d'autre ne verra.

Et la fille du temple voit que son centre, son coeur, est un immense trou au centre de l'univers, un vide plus profond que les trous noirs, fait pour attirer l'amour et ne jamais être comblé. Elle voit ses mains, multiples, omniprésentes, pour créer, pour changer, pour saisir...

Et elle reste la bouche ouverte, médusée, sans qu'un mot passe ses lèvres. Cela fait mal à voir. Elle pense un instant à l'effacer, à la changer. Avec cette forme, ce serait encore plus simple...

Mais elle attend, quelque chose, une preuve, de n'importe quoi.

"Tu es magnifique." parvient finalement à dire la fille du temple. "Oh, je t'adore, je t'aime tellement."

Et c'est assez. c'est une preuve. Et toutes ces mains, en réalité, sont aussi pour caresser, pour toucher une peau humaine, même si elle ne l'avait jamais su.

"Ma prêtresse." dit sa voix qui résonne dans le temple, alors même qu'elle la serre entre ses doigts, recueille ses baisers. "Ma fidèle. Mon élue." Et elle la serre contre son coeur qui, l'espace d'un instant, semble exister.

Elles furent très heureuses, et cela devrait être la fin. Ce n'est pas la fin.

Il y a des baisers et des caresses et des moments où elle ne sait plus si leurs étreintes sont faites de désir ou de vénération. Mais il y a aussi se rappeler ce qu'est l'adoration, et plus elle redécouvre ce qui lui avait manqué, et plus elle devient amère.

Pourquoi les autres humains ne peuvent-ils pas la révérer, même un tout petit peu ?

"Vénèrent-ils d'autres dieux ?" demande-t-elle, dans un moment de colère. Elle est prête à tous les détruire, si c'est ce que cela demande !

"Pas vraiment." répond la fille du temple, après mûre réflexion. "C'est plus que... ils n'ont peut-être plus le besoin de croire, parce qu'ils ont l'impression de comprendre le monde, parce qu'ils vont dans les étoiles ?"

"C'est une raison très stupide."

La fille du temple lui embrasse la main. Elle a encore pris une forme différente, à moitié humaine, pas entièrement. Elle se demande si cela lui plait. "Oui." dit-elle.

"Je devrais détruire les étoiles." dit-elle, songeuse. "Là, ils comprendraient."

La fille du temple la regarde avec un effroi fasciné. "Tu n'as pas besoin d'aller jusque-là. Et puis, des gens vivent là-bas, maintenant"

"Ou je devrais peut-être détruire tous les humains qui ne sont pas toi. Comme cela, tous m'aimeraient sans exception. Ils ne servent à rien, après tout."

Elle lui serre la main encore. "Je préfèrerais que tu ne le fasses pas."

"Pourquoi ?" demande-t-elle. "Tous ceux que tu aimais sont morts aussi, n'est-ce pas ? Sauf moi. Quelle différence cela fait-il ?"

Ce qu'elle lit dans le regard de la fille du temple la blesse. Elle n'est pas d'accord avec elle, et tellement sûre d'avoir raison ! Elle cherche ses mots, juste pour mieux l'influencer.

"Parce que je ne veux pas avoir à imaginer toutes ces vies interrompues." dit-elle. Elle se serre contre elle. "Même si tu ne tiens pas à eux, il y aura d'autres humains, plus dignes de toi peut-être, encore à naître."

"Quoi ? Tu ne veux pas que je te remplace, quand même ? Tu penses que l'un d'entre eux m'aimera comme tu m'aimes ? Tu le veux ?"

"Non !" s'exclame-t-elle. Enfin, quelque chose de de direct, de sincère, et d'affectueux, d'une certaine manière.

Cela répare presque l'amertume qu'elles ont créé avec leurs autes mots.

"C'est parce qu'ils sont humains, comme toi." dit-elle.

Encore une fois, la fille du temple réfléchit, trop longuement. "Peut-être."

"Alors c'est simple !" s'exclame-t-elle. "Je vais faire de toi une déesse !"

"Pardon ?" Il y a de l'incompréhension dans son regard, mais de l'espoir aussi.

"Qu'y a-t-il de si compliqué ? Je vais te donner une partie de mon pouvoir ! Comme cela tu ne mourras pas ! Voilà déjà une partie - une toute petite partie. Tu auras plus."

C'est un éclat de son propre corps. Juste un petit, elle ne connaît pas la douleur, et ce n'est pas comme si elle allait jamais s'en éloigner beaucoup, après tout. Elle pense un instant à transpercer le coeur de sa mignonne fille du temple avec. Cela ne lui ferait mal qu'un instant. Mais finalement, elle la lui pose juste sur le front, comme un baiser.

La force, le pouvoir, tout ceci ne met qu'un instant à entrer dans son corps, à la faire irradier de mille feux. Même si son regard est encore confus, il reste entièrement fixé sur elle, et c'est magnfique.

"Voilà !" s'exclame-t-elle. "Tu es encore plus belle comme ça !"

"Je suis..." murmure-t-elle, se touchant le visage, le front, "je suis..."

"Et pour les autres humains - non, les humains..." Voilà, c'est une déesse ! Elle peut bien comprendre à quel point ils ne comptent pas, à quel point leur existence ne fait que détourner l'esprit de la relation qu'elles ont toutes les deux.

"Ils t'adoreront à nouveau." répond la fille du temple d'une voix ferme. "Il est impossible de faire autrement, quand on te connaît. Il est temps de réaffirmer ton existence."

Elle la regarde avec surprise. C'est une bonne idée. Pourquoi ne l'avait-elle pas proposé avant ? Par jalousie, une partie d'elle espère. Par désir de rester spéciale, ce qu'elle est sûre d'être, maintenant.

Ou alors, peut-être a-t-elle vu des choses. Peut-être est-ce parce qu'elle pense pouvoir mieux utiliser qu'elle le fragment de pouvoir qu'elle a au bout des doigts. Mais ce n'est pas le cas, bien sûr.

Ce n'était pas ce qu'elle avait en tête sur la suite, mais elle peut faire avec cela aussi.




"Tu parleras pour moi !" dit-elle. Puis elle lui murmure à l'oreille. "Si tu leur transmets même une petite part de ton amour, ce sera déjà plus que ce que j'ai pu faire." La déesse rougit encore.

"A quoi veux-tu ressembler ?" demande-t-elle. Et déjà, sa forme n'est plus qu'à moitié humaine, ses mains multiples caressant le corps de sa prêtresse. "J'aime ta robe, mais tu auras besoin d'en imposer plus. Voilà, tu me surprend à chaque fois que je pensais que tu ne pourrais pas devenir plus sexy. Et tu auras besoin d'un symbole sacré... C'est comme ça qu'on fait chez vous, pas vrai ?"

"Je veux une épée."

"Pardon ?"

"Je voudrais... je ne veux pas juste parler. Je veux défendre les gens en ton nom."

Elle reste sérieusement perplexe. Si elle avait une tête, elle se la gratterait avec plusieurs mains.

"Mais tu as détesté la guerre. Tu me disais."

"C'est la raison. Personne ne se battra si je peux le faire à leur place."

"Ma mignonne fille du temple." dit-elle en faisant courir ses mains sur ses bras, en la rendant plus forte, plus grande même. Ne peut-elle pas accéder à ses petits caprices ? Bien sûr, elle aura une épée.

Et elle part au combat.

Cela n'a jamais été prévu qu'elle le fasse vraiment. Elle sauve des humains. Des dizaines d'humains. Des centaines d'humains.

Elle se présente comme prophétesse d'un ancien dieu, mais c'est à elle que les enfants portent des gâteaux et des fleurs.

"Pourquoi ?" demande-t-elle. "Pourquoi ne font-ils pas de temples pour moi ?" Ils le font. Du moins c'est ce qu'ils disent. Mais l'image de leur Déesse Radieuse, de sa fille du temple, est partout.

"Ils ne savent pas à quoi tu ressembles."

"Tu devais le leur dire."

"Je n'ai pas les mots pour décrire cela."

Elle soupire, mais elle doit reconnaître que c'est vrai. Le langage humain est limité. Elle ne trouverait pas les mots non plus. Alors, le plus simple est de leur donner quelque chose qui rentre dans leur compréhension limitée, n'est-ce pas ?

La forme humaine qu'elle prend est jolie, parce que, quitte à faire travailler les sculpteurs, pourquoi pas ? Des membres fins, un visage régulier, et...

"He, je suis plus petite que toi !"

Sa déesse lumineuse rit. "Tu peux changer cela."

"Oui, de plusieurs façons." Elle lève les mains pour caresser le visage de sa fille du temple, laisse ses mains s'emmêler dans ses cheveux. "Sois ma fidèle une fois de plus. Mets-toi à genoux pour moi."

Elle lui adresse un sourire éclatant avant d'obéir, entièrement dévouée, et l'avenir semble tellement brillant ; bientôt, elle aura des temples aussi.

Aussi, la prochaine fois, elles viennent ensemble.

La Déesse Radieuse a combattu des créatures géantes de métal - envoyées par l'ennemi ou redevenues sauvages, qui le sait ? - et l'Ancien Dieu a fait repousser les récoltes détruites assez vite pour nourrir tout le village. Tous sont à genoux et les remercient, et cela devrait être assez...

Mais ils ne l'aiment pas vraiment, ou pas autant.

Ils sont respectueux. Mais elle ne fait pas déborder leurs coeurs. Et la fille du temple qui sourit. Est-ce qu'elle ne remarque rien ? Ou pire, est-ce qu'elle préfère comme ça ?

"C'est parce que c'est la première fois." dit la fille du temple quand elle lui fait remarquer. "Laisse-leur du temps." Au moins, cela pourrait être pire. Elle ne dit pas que ce n'est pas vrai.

"Je les ai créés ! Ce n'est pas la première fois ! Je leur offre tout, depuis leur misérable existence, depuis le commencement des temps !"

"Le penses-tu vraiment ? Qu'ils valent si peu que ça ?"

Non, sinon elle ne les aurait pas créés, bien sûr ! Ils doivent bien avoir une quelconque utilité. Mais pour l'instant, elle n'en voit qu'une seule.

"Seulement ceux qui ne sont pas toi."

C'était un compliment, alors pourquoi le sourire n'atteint-il pas ses yeux ?

Bon, peut-être cela vaut-il la peine d'essayer encore, se dit-elle.

Elle a participé à quelques expéditions. Une ou deux fois. A chaque fois, elle a l'impression de se faire plus négliger par les adorateurs qui la prient. A chaque fois, cela fait plus mal.

"N'y vas pas !" s'exclame-t-elle un jour. "Reste avec moi !"

La main est douce dans la sienne, n'essaie pas de se retirer. Mais le regard de sa flle du temple est empli de reproche.

"Ils ont besoin de nous."

Besoin d'elles, pourquoi ? Pour ne pas mourir ? Quelle stupidité. Mourir est comme dormir pour toujours. Ce n'est pas si mal. Combien de fois a-t-elle pensé à le faire ? C'est peut-être ce qu'elle ferait, si sa fille du temple n'était pas venue.

Mais elle lui sourit. Elle sourit toujours.

"Oh, oui ! Puisque tu parles de ça !" Une simple pensée suffit, même si elle fait aussi un geste, pour le spectacle. "J'ai justement un cadeau pour toi !"

Ce sont des géants qui surgissent de terre, qui en sont la part la plus dure, celle qui a tant subi de pression que plus rien, à part son pouvoir, ne peut l'altérer.

"Tu ne peux pas toujours tout faire toute seule, n'est-ce pas ? Et puis, l'humanité ne vit pas qu'ici. Ils pourront t'emmener jusqu'aux étoiles, si tu en as besoin."

"Merci !" s'exclame-t-elle, les yeux écarquillés de joie, et cela fait du bien.

"Mais aujourd'hui, donne-leur des ordres pour qu'ils aillent sauver ceux qui en ont besoin, et reste avec moi."

Elle reste. Elle reste, et c'est doux, et pourtant même cela fait mal.

"C'est ta faute." dit-elle.

"Pardon ?"

"Tu m'as aimée, alors je croyais que d'autres personnes pouvaient m'aimer aussi. C'était un mensonge, n'est-ce pas ? Mais tu m'as laissé le croire."

"Je ne... ce n'est pas ce que je voulais."

"Et maintenant ils t'aiment toi ! Tu aimes les prières et les remerciements, n'est-ce pas ? Tu aimes être adorée ?"

"Oui ! Mais ce n'est pas le plus important !"

"Alors est-ce que tu essaierais de les détruire ? Pour me laisser les sauver ? Là ils m'aimeraient !"

"Je n'ai pas l'intention de les attaquer !" s'exclame-t-elle. "Le but n'est pas de jouer ! Ils t'aimeront, je te le promets, mais... cela prend du temps."

Elle veut rester avec celle qu'elle aime, alors elle fait semblant d'être d'accord avec elle. Pour l'instant.




Elle a tout essayé pour se débarrasser de cette jalousie furieuse. L'amour que sa prêtresse ressent pour les humains lui cause une peine qui n'est surpassée que par l'amour que les humains montrent à sa prêtresse.

Elle a tout essayé, sauf détruire le monde. Eh bien, quand il n'y a plus qu'une seule solution...

Elle n'a même pas besoin d'invoquer une force immense. Il lui suffit de se laisser aller. Cette planète où vivent les humains a été le lieu de ses pensées pendant si longtemps. Il lui suffit d'oublier la fille du temple un instant, de se concentrer sur son amertume, et déjà la terre tremble toute seule.

Elle rit. Si c'est si simple, c'est probablement que c'est bon.

La fille du temple arrive. Elle lui en voudra, n'est-ce pas ? Cela ne sera pas la première fois qu'elles se disputent, depuis qu'elle a eu le malheur de devenir une déesse aussi, de prendre sa place. Même si elle dit ne pas l'avoir fait exprès.

"Arrête !" crie la fille du temple.

Bien sûr, elle l'a retrouvée.

"Oh, tu n'aimes pas que je tue tes précieux humains ? Pourquoi ? Parce que tu te rappelles encore en avoir été une, ou parce que tu veux leurs prières ?"

"Je me moque de ça !" s'exclame-t-elle. "Mais crois-tu que cela me réjouisse de les entendre maudire ton nom ?"

"Ils ont peur de moi. Mais tu sais, ils ont toujours seulement eu peur de moi. Au moins c'est honnête maintenant !" Une idée la saisit. "Comment savent-ils que c'est moi ?"

"Cette lumière rouge... qui vient de tes autels..."

Elle rit. Alors, voilà ce que cela fait de laisser tomber un peu le contrôle absolu qu'elle a sur le monde, de laisser ses réels désirs prendre le dessus. Cela peut surprendre. Ainsi, elle s'est vraiment attachées à ces marques de dévotion, même secondaires, minuscules, creuses.

"Mets-toi à genoux devant moi." ordonne-t-elle une fois de plus.

Elle le fait, et un instant, cela fait du bien. Un instant, les tremblements de terre s'interrompent. Jusqu'à ce qu'elle se rappelle que ce n'était pas contre elle, qu'elle était fâchée. Pas sa déesse qu'elle a voulu blesser. Pas vraiment, pas seulement. Il est temps qu'elles soient seules à nouveau.

Un ébranlement particulièrement violent. De la terre jaillissent des flots de lave. On peut voir des vaisseaux spatiaux décoller, ceux de toutes les familles qui en possèdent, ceux de tous ceux qui travaillent dans cette branche, quelle qu'ils soient.

"S'il te plait !" s'exclame la fille du temple, le regard paniqué. "Arrête !"

"C'est pour ça !" s'exclame-t-elle. "Pour ça que tu t'es prosternée devant moi ? pas par amour, pas par respect, même, mais pour leurs vies misérables ? Cela ne marche pas comme ça !"

"Je suppose que non." dit la fille du temple avec des larmes dans les yeux.

Et elle lève son épée.

Elle ne l'aime pas vraiment, n'est-ce pas ? Elle ne l'a jamais aimée vraiment !

(Ou alors en ne la connaissant pas, ou alors en faisant semblant de ne pas la connaître)

Alors elle sera toujours toute seule.

Et d'ailleurs elle ne l'aime pas non plus. Elle ne peut pas aimer quelqu'un qui lève son épée contre elle.

"Tu voulais donc que ce soit le contraire." dit-elle. "Je t'avais proposé de jouer à les détruire, pour pouvoir les sauver, mais tu veux toujours le beau rôle !"

"Ce n'est pas un jeu !"

"Je ne peux pas te laisser faire cela !" s'exclame-t-elle. "Tu vas rester ici. Tu vas regarder. Si tu ne veux pas être à genoux, tu seras à mes côtés ! Et ils te craindront aussi."

Elle lève la main, paresseusement, pour faire jaillir du sol une prison de cristal. Elle pourra tout voir. Et bien sûr, elle est une déesse, elle ne mourra pas. Même si elle était touchée par accident par un flot de lave, même si elle tombait dans une crevasse, elle ne mourrait pas. Elles seront toujours ensemble.

Mais la fille du temple esquive. Ah oui, c'est vrai, elle a appris ça. Elle s'est beaucoup battue.

Et, avec une rapidité déconcertante, elle feinte, elle esquive, et puis, elle fonce vers elle et son épée lui transperce le coeur.

Cela ne fait pas mal, bien sûr. Elle est éternelle et immortelle et bien au-dessus de cette forme humaine. C'est presque drôle qu'elle croie que cela aura un effet !

Et pourtant, d'une certaine façon, cela fait très, très mal.

Elle la regarde avec horreur. Elle ne lui a rien fait ! Pourquoi est-elle trahie ainsi ?

Et dans le sentiment de son coeur qui se brise, elle prend l'inspiration pour la suite. La Terre se désagrège en toutes petites pièces. N'est-ce pas le cas de son corps aussi ? Bah, elle peut bien le laisser faire. Pourquoi en avait-elle besoin, déjà ?

Pour l'instant, elle veut dormir, et rien d'autre.

Elle a juste le temps de voir les Titans qui protègent les vaisseaux qui ont décollé, les aident à échapper à la déflagration, à rejoindre les colonies dans les étoiles lointaines. Elle voit la fille du temple qui regarde cela, au lieu de la regarder elle, de s'excuser. Elle pleure bien un peu, mais qui sait pour qui ? Vraiment, en cet instant, elle n'a plus de raison d'avoir des yeux du tout.

C'est le moment de dormir.

Quand elle se réveille, elle a réfléchi. Et elle sait que le temps est de son côté.

Parce que les humains se sont peut-être passionnés pour la nouveauté. Mais bientôt ils négligeront de la révérer. Bientôt ils l'oublieront. Et alors elle comprendra ce que cela fait. Elle sera frustrée. Elle sera triste. Puis elle leur en voudra aussi.

Elle ne pourra plus lui faire des reproches pour les avoir attaqués, quand c'est ce qu'elle voudra aussi ! Au contraire, elle dira qu'elle l'a enfin comprise !

Bientôt, après avoir vécu plus longtemps qu'elle n'aurait pu l'imaginer, elle n'arrivera plus à se rappeler qu'elle était humaine, qu'elle n'a pas eu de pouvoirs. Elle comprendra leur nature, qui est de mourir à toute vitesse, même quand ils sont heureux et bien nourris. Sa compassion artificielle s'épuisera. C'est bien la seule raison pour laquelle elle ne regrette pas de lui avoir donné un fragment d'elle-même.

Elle comprendra que quand on est un dieu on est seul, complètement seul.

Et alors, elle viendra à elle, et elle la suppliera de la reprendre, et c'est tellement doux de l'imaginer qu'elle en sourit d'avance.

Elle se vengera sur elle, bien sûr, pour lui avoir brisé le coeur. Elle la fera souffrir. Juste un peu. Puis, bien évidemment, elle l'acceptera à nouveau. Et elles détruiront l'humanité ensemble, cette fois.

Oui, cela vaut bien la peine d'attendre encore, en faisant de jolis rêves.




Cent ans ont passé depuis qu'elles se sont rencontrées. Les offrandes se font rares. Son temps va bientôt venir. Elle ne s'inquiète pas. Elle jette juste un petit coup d'oeil, comme elle faisait autrefois, sous la forme d'un chat ou d'un oiseau.

Tout se passe bien, tout se passe bien, sauf que...

Il y a cette Acolyte.

Elle aime sa Déesse. C'est assez pour faire grincer des dents. Mais il y a pire. Il y a la façon dont la Déesse la regarde. Dont elle pense à elle.

Comment ose-t-elle ?

Et ses pensées tourbillonnent à nouveau. Sa fille du temple ne l'aime pas, alors elle ne l'a jamais aimée. Elle lui a brisé le coeur la dernière fois, et sans aucune excuse, elle le fait à nouveau !

Et puis elle... elle ne l'aime pas non plus, n'est-ce pas ? Elle prend une grande inspiration dans ses poumons qui sont un espace entre deux galaxies. Elle ne l'aime plus. Elle se soucie peu d'elle, si elle peut tout abandonner pour une humaine. En fait, elle la déteste. Elle est libre.

Elle rit, et décide qu'il est temps de retourner jouer.



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